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Le français, élément majeur de la personnalité de la France
 (1er février 2013)
par Albert Salon

I) C’est progressivement que le français est devenu cet élément majeur.

Jusqu’à la fin du Moyen-âge, il était très loin d’avoir cette importance primordiale.

Certes, le français progressait, autant hors de la France d’alors dans ses frontières médiévales : Wallonie, Savoie, Bretagne…qu’à l’intérieur.

Mais la France, était un écheveau et une hiérarchie de liens féodaux avec le Roi au Sommet, clef de voûte de l’ensemble, ainsi en adhésion solide, suffisante.

Certes, il y avait aussi une influence culturelle extérieure, dans l’Europe d’alors, surtout par la littérature, tant en langue d’oc qu’en langue d’oïl. Il faut rappeler que la France, "nation littéraire", est la seule à avoir exercé, sans solution de continuité, une influence de ses littératures au-delà de ses frontières, pendant plus de 800 ans, bien que, à certaines époques, tour à tour, des littératures étrangères aient pu être temporairement supérieures.

Un tournant très important vers le rôle majeur du français a été pris sous François 1er, dans plusieurs domaines maintenant vitaux, marqués par autant de dates :

1534 : Jacques Cartier au Canada : le début de la Nouvelle France et de l’expansion coloniale, continuée jusqu’à l’apogée de l’Exposition coloniale organisée par Lyautey en 1931 ; cela fait partie aussi de la personnalité de la France, exprimée, après les indépendances, par la Francophonie organisée depuis 1970, appelée maintenant OIF, et élément de personnalité trop négligé par nos élites qui macèrent dans le jus amer de la repentance imposée, en déni ;

1535 : Les "Capitulations", traité important de quasi-alliance avec Soliman le Magnifique et la Sublime Porte confiant à la France (seule !) la protection de tous les chrétiens de l’immense empire ottoman d’alors. Cette protection fut renouvelée jusqu’au milieu du 20ème siècle. Elle fut aussi étendue au 19ème par des traités avec la Chine, le Vietnam, l’Éthiopie. Ce fut la base de l’essor des missionnaires français, bien plus nombreux que tous les autres religieux catholiques expatriés. Louis XIII, Richelieu et le Père Joseph, dans un accord de 1622 avec le Pape, ont obtenu du Pape le droit de décider de la destination de ces missionnaires : d’abord vers l’Empire ottoman et les colonies de la France. Ils ont beaucoup renforcé cet essor pour enseigner, élever et soigner des peuples étrangers dans les intérêts de la religion catholique, certes, mais aussi de la France, et en français. Vocation et mission françaises, "mission civilisatrice" assumée pleinement par Jules Ferry, Jean Jaurès et la "gauche" de la fin du 19ème siècle. Nous avons là les bases de l’action culturelle (en états-unien : "soft power"), ce qui, sous Louis XIV "Roi Soleil", a pris le nom de "rayonnement de la France dans le monde"."Rayonnement" terme tellement propre à la France, beaucoup développé sous tous les régimes, des 2 empires et des 5 républiques, qui a renforcé la France voix dans le monde, pour l’humanité. Ce messianisme a donné aussi le réseau mondial magnifique - malgré le désintérêt de trop de nos élites - d’instituts et centres culturels et de recherche sur les cultures des partenaires, d’écoles et lycées et filières universitaires, d’Alliances françaises, de l’Alliance israélite universelle (AIU) en français, de la Mission laïque…

1539 (août) : l’ordonnance – non abrogée ! - de Villers-Cotterêts sur l’état-civil et sur le français, langue du roi, des rapports avec le Roi, donc de sa justice (tribunaux) et de son administration ; langue officielle. L’officialité n’était pas dirigée contre les nombreux autres dialectes, patois et langues de France, mais contre le latin qui en tenait lieu. Louis XIII et Richelieu, encore eux, ont, en 1635, avec l’Académie française, fait de la langue et de son soin, de son affinement, une affaire d’État. Tous les régimes ont suivi cette glorification du français, devenu aux 17ème et 18ème siècles, la langue de la diplomatie et des traités, la langue des Lumières, et de l’élite européenne : un imposant monument national et international.

Un objet de culte et un sujet de fierté nationale, élément essentiel de la personnalité de la France, constitutionnalisé en 1992, objet de lois jusqu’à la loi Toubon de 1994.

La première République, surtout la Convention, après l’enquête de l’Abbé Grégoire, a voulu, en 1794, aller au-delà de l’officialité du français. Elle a, dans sa brève mais tumultueuse et très violente existence, tenté d’éradiquer les autres langues et dialectes. Bonaparte et les deux Napoléon sont sagement revenus à la coexistence de l’Ancien Régime, en se contentant de promouvoir le français officiel et l’école en français. La Troisième République et les hussards noirs décrits par Péguy, appuyée, il faut le souligner, par l’immense majorité des Français, ont certes imposé vigoureusement le français pour tous essentiellement à l’école. Mais les républiques suivantes ont finalement trouvé un modus vivendi à peu près accepté, sauf par des minorités très régionalistes, voire indépendantistes ou rattachistes à des pays voisins.

Toute cette longue histoire est passée dans nos gènes. On peut dire aujourd’hui que si le français venait à perdre son rôle dans l’unité de la Nation, dans la diversité culturelle du monde, et dans la relative cohésion de la communauté francophone internationale, ce serait la fin de la France et d’une des plus grandes civilisations que la terre ait connues.

Or, la fin de la France, notamment par la fin de la langue française, est voulue aujourd’hui par beaucoup de forces en déni, dans le monde, et, hélas, en France même.

II) Le déni de l’identité-personnalité de la France se porte aujourd’hui massivement sur le français,

par des attaques venues de l’extérieur comme de l’intérieur :

II-1) Déni et attaques venus de l’extérieur :

Il y a là un déni subsidiaire à dénoncer : "le système" évite de nommer et critiquer l’adversaire, celui qui a vraiment le pouvoir, derrière divers masques. On critique la finance internationale, la mondialisation, le cosmopolitisme, alors qu’il s’agit du mondialisme, c’est—à-dire, en fait, de la captation, de l’accaparement de la mondialisation (neutre en elle-même), par le puissant du moment. Depuis la dernière guerre mondiale le puissant du moment est l’empire anglo-saxon-germain, le nouveau Saint-Empire américain de nations germaniques. Il est sain de ne pas l’occulter, de ne pas faire du déni d’hégémonie ! Car cet empire tend bien constamment à nous dénier le droit d’être une puissance et une civilisation rivales, d’exister par nous-mêmes ; il tend à nous vassaliser et gommer.

Une fois identifié cet OVNI (objet voleur non identifié), il faut rappeler comment il attaque : Je n’insiste que sur l’accumulation, la convergence d’ensemble, de ce qui n’est pas toujours perçu comme un tout extrêmement efficace et d’autant plus dangereux. Trop d’esprits cartésiens, non familiers avec l’association yin et yang et la coexistence des contraires, ne peuvent ou ne veulent voir cette convergence. Or, il faut admettre que les alliés de deux guerres mondiales et amis sont en même temps des concurrents et des rivaux, et égalent dans divers domaines nos ennemis les plus implacables.

Je ne vais prendre ici que quelques-unes des nombreuses manifestations de politique volontariste de déni et d’effacement des autres par des pays anglo-saxons, États-Unis en tête :

- les négociations commerciales États-Unis-Europe en cours, très opaques, maintenant bilatérales à la suite des échecs des multilatérales dans le cadre d’abord du GATT puis de l’OMC ; sont de très graves menaces sur l’exception (puis "diversité") culturelle, c’est-à-dire sur nos industries culturelles, dont le cinéma n’est qu’un aspect ; dans la ligne des accords Blum-Byrnes du Plan Marshall de 1946 nous imposant, comme à d’autres pays européens, un quota de 30% de films produits à Hollywood sur nos écrans, très efficace instrument du vol de notre jeunesse ;

- l’imposition méthodique de l’anglais dans les institutions et négociations internationales ;

- la mainmise de l’empire et de l’anglais sur les institutions européennes ;

- l’utilisation de cette UE pour détruire les États-Nations, y encourager les communautarismes, le remplacement progressif des populations autochtones par les nouveaux arrivants, ainsi que les régionalismes, l’éclatement en régions sur des bases ethniques et linguistiques, notamment par la Charte des minorités ethniques et par la Charte européenne des langues régionales et minoritaires ;

- le soutien aux langues régionales et minoritaires n’est pas seulement le fait de l’UE, il est aussi discrètement mais efficacement renforcé, suscité, par l’Allemagne et par l’Autriche, d’abord en Alsace-Moselle : encore un déni de réalité, un tabou, pour ne pas inquiéter ! ;

- l’imposition de l’anglais dans les sciences et la recherche mondiales, sujet bien connu ;

- la captation des idées et des élites européennes, notamment françaises, par le biais des Bilderberg, Trilatérale, Davos, French-American Foundation et programme de Young leaders étendu activement aussi à nos banlieues par l’ambassadeur Charles Rivkin ;

- les attaques contre les constructions multilatérales entre pays lusophones, francophones et autres, notamment par l’œuvre de débauchage de leurs membres ; ainsi de la Francophonie organisée dans l’OIF. Après le Vietnam, le Cambodge, le Laos, le Ruanda, la démolition, le descellement pierre par pierre, se poursuit : les pays actuellement visés sont Haïti, la RDC, Madagascar, voire le Sénégal, le Gabon, la Côte d’Ivoire (rappelons-nous la génération spontanée des drapeaux états-uniens à Abidjan lors des évènements de 2003-2004 !).

Sur l’OIF, on assiste en ce moment même à une tentative par Ottawa de mettre à la tête du Secrétariat général, pour succéder en 2014 à M. Abdou Diouf, un ancien gouverneur général du Canada, en essayant de le faire passer pour un "homme du Sud".

II-2) Déni et attaques venus de la France elle-même :

Tout cela pourrait en somme être repoussé s’il y avait dans les pays en vassalisation, d’abord en France, une volonté politique, et des élites majoritairement et solidement décidées à se soucier des intérêts fondamentaux de la Nation.

C’est devenu beaucoup plus difficile avec, surtout chez nous, des cinquièmes colonnes nombreuses et efficaces, les "collabos de la pub et du fric" selon Michel Serres.

Chez nous, ce sont bien des Français qui par idéal et conviction, aussi par intérêt et corruption, cèdent aux chants des sirènes, voire composent eux-mêmes ces chants.

Ainsi :

- Le Club Le Siècle, auquel appartiennent dans leur grande majorité les dirigeants politiques de presque tous bords, administratifs, économiques et financiers, médiatiques et culturels ;

- la collaboration a culminé en 2013 avec l’article 2 de la loi Fioraso et la volonté de remplacer le français par l’anglais comme langue de l’enseignement dans les grandes écoles et l’université ; l’actuel gouvernement, n’ayant fait qu’accentuer, couronner par un texte de loi, le travail, sous M. Sarkozy, des Valérie Pécresse, Pierre Tapie et Richard Descoings…

C’est un coup énorme, une forfaiture, une trahison majeure de nos clercs, qui s’accompagne de l’introduction de l’anglais pour tous à l’école, dès le plus jeune âge, voire à la maternelle.

- Les chaînes (beau nom !) de radio et de télévision emploient des anglicismes à tout va et surtout font une promotion - éhontée dans sa quasi-exclusivité - de la culture états-unienne ; ainsi au "vingt-heures" de grand écoute et de coût maximal du "temps de cerveau disponible" (P. Lelay) du téléspectateur ; les deux plus grandes y rivalisent de vassalité ; le petit seigneur et la gente dame du "20heures" prennent souvent 5 minutes sur les 30 du bulletin pour promouvoir une production d’Hollywood, jamais de Berlin, Rome ou Madrid...

- Le CSA envisagerait de réduire les quotas de chansons françaises dans les médias ! A quand le démantèlement par nos gouvernants, des aides protectrices efficaces de notre cinéma ?...

- C’est bien notre Éducation dite nationale qui occulte de plus en plus notre littérature (pas seulement la Princesse de Clèves !) et encourage le déni de notre histoire nationale. Même M. Chirac était allé, en matière de commémoration, jusqu’à préférer envoyer le Charles de Gaulle à la Reine d’Angleterre pour le bicentenaire de Trafalgar, que célébrer celui d’Austerlitz…

Le déni le plus grave vient donc de nos élites collaborationnistes. Rude pente à remonter…

III) Réponse au déni ; comment résister ?

- D’abord individuellement ; puis collectivement, en adhérent à nos associations actives.

- En collaborant avec le "Comité de vigilance Fioraso" créé par plusieurs associations (cf. www.avenir-langue-francaise.fr ) : pour identifier des contrevenants aux amendements que nos associations ont fait adopter, soutenir les étudiants qui veulent exiger le français, fournir des preuves d’infractions pour nourrir les recours des associations en tribunal administratif.

- En s’engageant dans la campagne nationale "Communes de France pour la langue française" portée par nos 32 associations, pour faire remonter par les communes la vox populi étouffée, déniée, et arriver à la fin de 2014 à un équivalent de referendum d’initiative populaire pour garder le français dans la plénitude de ses fonctions et refuser le "globish pour tous", summum du déni et de la trahison. Avenir de la langue française (ALF), 34 bis, rue de Picpus, 75015, tel 01 43 40 16 51, avenirlf@laposte.neet, tient à disposition le manifeste à voter par les conseils municipaux et les documents de présentation nécessaires.

J’invite les lecteurs de cet article à aller voir des maires et à les amener à soumettre le vote du manifeste à leur conseil municipal !

Conclusion

L’universel déni des identités-personnalités, surtout de la France, de sa langue, et de la Francophonie organisée, le déni proprement français de notre forte personnalité nationale, s’apparentent à une adhésion générale à la stratégie du chaos propre à réaliser le rêve de la superclasse mondialisée. Il s’agit là d’élire de nouveaux peuples en les décérébrant, énucléant, en les mixant en un vaste coquetèle. Réalisation en cours du rêve d’une humanité troupeau indistinct, composé d’individus aux repères brisés, devenus des consommateurs homogénéisés de produits standardisés fabriqués et commercialisés par de puissantes entreprises mondiales. Peut-être un jour une humanité de clonés, imprimés en "3 D"…

Si vous voulez garder le français et notre civilisations, persévérer dans vos gènes,

"indignez-vous !", certes, mais surtout, au-delà de l’appel trop timide de Stéphane Hessel : RÉSISTEZ !

Albert Salon, docteur d’État ès lettres, ancien ambassadeur, président d’Avenir de la langue française

 


Date de création : 02/02/2014 - 21:40
Catégorie : ALF - Prises de positions - Langue française

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