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Dépasser les idées reçues (extraits)

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Dépasser les idées reçues (extraits)

par François Grin

François Grin est professeur d'économie à la Faculté de traduction et d'interprétation (ETI) de l'Université de Genève.

extraits de l'article publié dans la revue Le débat n°178 (janvier-février 2014)

Dans le cadre du débat sur l'anglais à l'université (le projet de loi "Fioraso", François Grin retient 12 points principaux

1. Une formation universitaire véritablement ouverte et internationale est nécessairement plurilingue. Il est donc souhaitable que les étudiants français développent des compétences linguistiques en conséquence, notamment en anglais, et l'utilisation de langues autres que le français dans l'enseignement universitaire peut y contribuer. Mais une formation plurilingue, par définition, ne peut pas être intégralement en anglais.
[…]
Mais une internationalisation dans une seule langue n'est qu'un faux-semblant, car elle risque fort de propager des référentiels standardisés et, partant, une pensée unique.

Dès lors, autoriser certains cours en anglais se justifie par un but d'ouverture bien comprise, si cela élargit les horizons de la transmission des connaissances ; mais aucun cursus ne devrait être intégralement anglais.

2. La présence de l'anglais dans le monde académique est constamment surestimée.
[…]
En 2012 […] sur les 15 134 diplômes universitaires décernés par les universités allemandes, seuls 4 % étaient intégralement en anglais. Les titres à sensation qu'on a vu fleurir lors du dépôt du projet de loi (par exemple dans les pages de Libération du 21 mai 2013), donnant à penser que les universités allemandes sont largement anglicisées, relèvent donc de la désinformation, à moins qu'ils ne reflètent la simple ignorance des journalistes et de certains des scientifiques qu'ils ont consultés pour rédiger leurs papiers.

3. L'importance de l'anglais dans la société globalisée est surestimée de manière générale.
[…]
Le manque de multilinguisme est un handicap sur les marchés internationaux, comme le reconnaît le patronat britannique de la Confédération for British Industry dans un rapport publié en 2011 par le CfBT (Centre for British Teachers), rejoignant les nombreux témoignages selon lesquels l'incompétence linguistique des Britanniques leur interdit l'accès à de nombreux postes, parfois dans la City même

4. L'obsession de "l'étudiant étranger" (qui doit souvent, pour cadrer avec le cliché dominant, être indien ou chinois) conduit à des absurdités.
[…]
Passons sur le fait que cela suppose que, par comparaison, "nos" étudiants locaux sont forcément de pauvres abrutis ; quiconque, comme le soussigné, a l'habitude d'enseigner régulièrement en anglais et en français sait que l'origine n'a rien à voir avec les performances académiques. Et surtout, l'étudiant indien, chinois ou pakistanais qui souhaite vraiment une formation en anglais s'orientera d'abord vers Harvard, Yale, Cambridge ou Oxford
[…]
Et cela nous conduit à ces séminaires ubuesques où un prof à l'anglais pauvre et hésitant, rendu parfois carrément pénible en raison d'un accent italien, hispanique, français ou néerlandais à couper au couteau, parle devant des étudiants dont pas un seul n'est anglophone, et dont beaucoup rédigeront des travaux dans un anglais stéréotypé et même, pour certains, à la limite de l'inintelligible.
[…]
Un étudiant chinois ou indien qui saurait, outre sa langue maternelle, le français et l'anglais, c'est quelqu'un d'une autre trempe qu'un étudiant de même origine mais qui ne saurait pas un traître mot de français, et ne semblerait pas même avoir eu la curiosité intellectuelle d'envisager de l'apprendre. Offrons-leur donc des cursus bilingues avec des cours en anglais, mais aussi en français.
[…]

5. Ce n'est pas l'offre de cours en anglais qui maximise l'afflux d'étudiants étrangers.
[…]
En d'autres termes, les pays non anglophones qui attirent le plus d'étudiants étrangers ne sont pas ceux qui ont le plus anglicisé leur système académique (ainsi, la Suède pointe au huitième rang, et les Pays-Bas au onzième, avec un indicateur de sur-représentation deux fois et demie inférieur à celui de l'Autriche). Les étudiants étrangers viennent donc aussi chez nous pour l'allemand et le français : veillons à ne pas jeter ces atouts aux orties.

6. Arrêtons de mélanger enseignement et recherche, et de confondre les différents "moments" d'un processus de recherche.
[…]
En revanche, rien ne justifie l'anglomanie dans l'enseignement de premier et deuxième cycles.
[…]
Et n'oublions pas que le public, ce sont aussi les contribuables qui financent l'université, et qui ont le droit de demander à celle-ci d'enseigner dans leur langue.
[…]

7. Il y a souvent un écart considérable entre la réalité de la communication et les représentations qu'en ont les acteurs.
[…]

En effet, les échanges au sein d'une équipe de recherche dans un pays donné se déroulent principalement dans la langue locale ; une grande partie du véritable travail de développement et de partage des connaissances, en amont et en aval de la communication dans un congrès international, se déroule dans d'autres langues que l'anglais.
[…]

8. Les langues ne sont pas neutres.
[…]
Dans le quotidien suisse Le Temps du 10 mai 2013, l'ancien responsable de la division santé mentale de I'oms reconnaît que l'unilinguisme du dms (le Manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux) pose problème : en effet, le dms ayant été pensé et rédigé en anglais, il généralise une pensée unique sur le trouble mental, alors que ce qui vaut trouble mental est éminemment contextuel, et dépend d'une vision culturelle, portée par la langue, de la maladie et de la santé.
[…]

9. Même si les langues étaient parfaitement interchangeables et transparentes (ce qui est fort peu plausible), l'abandon de telle ou telle langue comme langue d'enseignement au profit d'une langue dominante unique entraîne immanquablement pour les langues ainsi écartées des "pertes de domaines".
[…]
Les domaines classiques sont par exemple "le travail", "la famille", "la vie associative", etc. Une perte de domaine veut dire que certaines réalités (celles des domaines concernés) ne seront à terme plus dicibles, ni par conséquent analysables, dans les langues que l'on aura abandonnées.

10. Le problème n'est pas l'anglais, mais l'hégémonie linguistique.
[…]
Que la langue dominante soit l'anglais, le klingon, le français ou le wolof n'a aucune importance : c'est l'hégémonie qui entraîne l'uniformisation, laquelle favorise la pensée unique, qui à son tour bride la créativité et l'innovation - sans même parler du mortel ennui qui naît de l'uniformité.
[…]
Bien des chercheurs non anglophones, qu'ils veuillent l'admettre ou non, en fournissent des exemples - et cela, même parmi les plus anglomanes : en anglais, ils ne disent pas toujours ce qu'ils veulent, ils disent ce qu'ils peuvent.

11. L'hégémonie linguistique est contraire à l'équité, car elle est à la source de transferts massifs en direction de ceux dont la langue maternelle est élevée au rang d'hégémon.
[…]
En enseignant fort peu, voire plus du tout les langues étrangères dans leurs systèmes éducatifs, ils économisent des montants considérables, qui sont réinvestis dans d'autres enseignements

12. Le prétendu "globish" n'est qu'une diversion qui ne change rien à l'affaire.
[…] se résume à un syllogisme qu'on peut exprimer ainsi : "Certes, il est possible que l'usage de l'anglais soit impérialiste. Mais [ce] n'est pas de l'anglais. Donc l'usage de l'anglais comme lingua franca n'est pas impérialiste."
[…]
Et, de toute façon, peut-être Etienne de la Boétie avait-il déjà dit l'essentiel dans son Discours de la servitude volontaire, publié post mortem en 1574.


Date de création : 09/04/2014 - 11:42
Dernière modification : 09/04/2014 - 12:04
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