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Francophonie.gifPrises de positions - Francophonie - Pour une citoyenneté francophone
Pour une "citoyenneté francophone"
par Guy Dalens

Depuis des années, Avenir de la langue française et le Forum francophone international [FFI-France] (cf. la rubrique spéciale sur le site www.voxlatina.com, ainsi que les livres d’Albert Salon publiés chez l’Harmattan : "Colas colo, Colas colère" et "France, Québec, Wallonie : même combat") se préoccupent de pousser la réflexion plus loin, vers la création d’une forme viable de "citoyenneté francophone". Notre membre fondateur Guy Dalens fait le point sur cette réflexion et formule des propositions, soutenues par la rédaction. Merci à nos lecteurs de réagir, de donner leurs avis !  A.S.
______________________________________________________________________________

Pour aborder le problème de la citoyenneté francophone, et le résoudre, je pose quatre questions auxquelles j’apporte une explication et trois solutions.
1 - Pourquoi une citoyenneté francophone ?
2 - Quelle est l’autorité qui octroie la citoyenneté francophone ?
3 - Quelles sont les conditions à remplir pour obtenir la citoyenneté francophone ?
4 - Quels sont les droits et les obligations attachés à la citoyenneté francophone ?
5 – Conclusion.

1) – Pourquoi une citoyenneté francophone ?
La langue française est en danger de mort pour deux raisons principales, l’une ancienne, l’autre récente mais inquiétante.

- L’excès de purisme dans lequel elle s’est enfermée ;
"Une langue morte… on la reconnaît à ce qu’on n’a pas le droit d’y faire des fautes. Ce qui revient à dire qu’on n’ a pas le droit d’y apporter la moindre innovation…
 Un idiome n’approche de l’universalité que lorsqu’il s’émancipe de ses origines, s’en éloigne et les renie ; parvenue là, s’il veut se rénover, éviter l’irréalité ou la sclérose, il faut qu’il renonce à ses exigences, qu’il brise ses cadres et ses modèles, il faut qu’il condescende au mauvais goût
".(*)

- La trahison de son élite qui ne veut plus parler sa propre langue ;
Ce qui se passe est grave, "l’un des pires moments que notre culture ait traversé. Je veux parler de la perte de la langue française dans le milieu des décideurs ».Ceux-ci "sont en train d’éradiquer la langue française. Que ce soit dans la finance, la science, le commerce, la publicité, plus personne parmi les riches ne parlent le français. La langue française est devenue la langue des pauvres. Ce consentement des décideurs à l’anglais commence vraiment à ressembler à une collaboration, et la défense de la langue française à la résistance".(**)

Pour dépasser ces limites et garder sa vitalité, la langue française doit s’éloigner du cadre étroit de la nation, tout en s’y appuyant. Il lui faut rassembler ses alliés, ses locuteurs,  dispersés de par le monde, quelle que soit leur origine, par la reconnaissance d’une citoyenneté francophone. La citoyenneté francophone permettra d’unifier des éléments isolés tout en donnant consistance à la francophonie. Et en s’appuyant sur nos propres forces et sur ce qui dépend de nous.

2) – Quelle est l’autorité qui octroie la citoyenneté francophone ?

L’État français par un acte public unilatéral et souverain. Il manifeste ainsi sa volonté d’accorder la citoyenneté francophone à certaines personnes installées à l’étranger ou sur le territoire national, mais n’ayant pas la nationalité française. Ces personnes peuvent être aussi bien des citoyens de pays francophones que de pays non francophones ou encore des apatrides. Ainsi un Russe, un Algérien, un Mexicain, un Egyptien, un Sénégalais, un Chinois, un Anglais peuvent obtenir la citoyenneté francophone dès l’instant où ils remplissent les quatre conditions ci-après (Cf. partie 3).
Sans qu’il y soit tenu, l’État français peut s’appuyer sur l’article 87 du titre XIV "De la francophonie et des accords de coopération" de la Constitution française de 1958 modifiée : "La République participe au développement de la solidarité et de la coopération entre les États et les peuples ayant le français en partage".
Dans le même temps, l’État français instaure une "Assemblée de la francophonie" à côté de l’Assemblée Nationale et du Sénat.
Cette occasion offerte par la citoyenneté francophone poussera des hommes et femmes à former des projets d’installation en France dans la sérénité. D’autres y verront une perspective d’avenir pour eux-mêmes ou leurs enfants, d’autres enfin, connaissant les conditions d’admission, s’y prépareront.

3) – Les conditions à remplir pour obtenir la citoyenneté francophone

Quatre conditions :
-    La personne qui souhaite obtenir la citoyenneté francophone en fera officiellement la demande ; celle-ci doit être motivée ;
-    Le demandeur doit  apporter la preuve qu’il maîtrise la langue française ;
-    Sa candidature doit être approuvée par une instance spécialement habilitée ;
-    Il s’engage à participer à la cérémonie sur la citoyenneté francophone.

4) -  Les droits et devoirs attachés à la citoyenneté francophone

Droits :
-    La personne qui a obtenu la citoyenneté francophone a droit à  un passeport francophone ;
-    Elle peut s’installer en France pour y séjourner, travailler, enseigner ou y faire des études ;
-    Elle dispose du droit de vote pour désigner les membres de l’Assemblée de la francophonie ;
-    Elle peut  être candidate à cette Assemblée ;
-    Si elle est installée en France, elle  peut participer aux élections locales ;

Devoirs :
-    Si elle est  installée hors de France, elle s’engage à promouvoir la langue française ; elle reste en contact avec l’instance visée au point 3 ci-dessus et lui rend compte des actions qu’elle a menées ;
-    Si elle est installée en France ,  elle est soumise aux mêmes devoirs que le citoyen français.

Remarque :
Pour mémoire, l’article 77 de la Constitution de 1958 (C. Titre XII : De la Communauté) prévoyait une citoyenneté unique de la  Communauté, laquelle comprenait la République française et douze États africains et malgache. L’article 77 était ainsi rédigé : "Il n’existe qu’une citoyenneté de la Communauté. Tous les citoyens sont égaux en droit, quelles que soient leur origine, leur race et leur religion. Ils ont les mêmes devoirs".

5) - Conclusion

Les deux premières questions peuvent recevoir d’autres réponses : sur la première, on peut soutenir que la citoyenneté francophone est une réaction à la mondialisation actuelle ; sur la seconde que la citoyenneté  francophone ne peut résulter que d’un accord entre les pays membres de l’Organisation Internationale de la Francophonie (O.I.F). C’est ce qui me paraît ressortir du mémoire  très intéressant de Mme Aurore Sudre sur la citoyenneté francophone (Université Jean Moulin –Lyon III), mémoire soutenu sous la direction de M. Albert Salon.

J’adopte, pour ma part, une autre interprétation, plus radicale, pour les raisons suivantes :
-    Le fait générateur de la citoyenneté francophone n’est pas la recherche d’un nouvel humanisme à l’échelle de la planète (ce qui ne l’exclut pas), mais d’abord, la nécessité  absolue de sauver, sans tarder, la langue française ou ce qui peut l’être ; je lui cherche donc des alliés, avec l’espoir de voir surgir une nouvelle élite, francophone, pour se substituer à l’actuelle, défaillante ; ou pour la concurrencer.
-    Les discussions sur la citoyenneté francophone durent depuis longtemps et il me semble qu’elles s’enlisent dans la palabre, la glose des spécialistes ; or le temps presse ; la situation actuelle de la langue française ne lui permet plus d’attendre une hypothétique unanimité de l’O.I.F sur la citoyenneté francophone ; il faut donc brusquer le processus et, seul, le principal acteur de la francophonie, l’État français, peut encore le faire, en se fondant sur les débris de sa souveraineté avec, ici aussi, le pari d’entraîner les autres membres de l’O.I.F.
-    La proposition du point 2 est fondée sur le seul critère de la langue française ; elle s’adresse à tous les locuteurs de la langue française qu’ils appartiennent à un pays membre de l’O.I.F ou non ; par là, j’élargis le champ d’action aux locuteurs qui sont en dehors de l’O.I.F et j’exclus d’emblée  les discussions inévitables sur les populations qui sont d’un État membre de la francophonie, mais qui ne parlent pas le français ou si peu .

Une solution encore plus radicale serait d’accorder la nationalité française à tout  francophone qui remplit les conditions du chapitre 3, ce qui reste dans l’esprit de l’ancien article 77 de la Constitution de 1958 (Titre XII : De la Communauté).

Guy Dalens
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(*) Cioran : Anthologie du portrait ; préface ; paragraphe " La tyrannie du goût" ; Arcades Gallimard.
(**) Michel Serres : entretien dans le Nouvel Observateur, 4 -10 novembre 1993.



Date de création : 16/07/2009 - 10:32
Dernière modification : 16/11/2009 - 18:05
Catégorie : Prises de positions - Francophonie


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