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Lettre d'Uzbeck à Claude (27 octobre 2010) au sujet du sommet de la Francophonie de Montreux
 

Cher Claude,

Je me demandais ce que signifiait "OIF".

Est-ce une interjection, une onomatopée africaine, un borborygme de vos banlieues "ouaf" ?

Grâce aux informations données par les stations de Radio France et la lecture du journal le Monde, j'ai appris qu'il s'agissait de l'Organisation Internationale de la Francophonie.

En écoutant attentivement ces bulletins d’information j’ai su que :
Cette conférence se passait à Montreux, en Suisse.
Le président de ce machin, M. Abdou Diouf a été réélu, à l'unanimité, pour un troisième mandat de quatre ans.

M. Nicolas Sarkozy, le président de la république française, a prononcé un important discours (historique ?) devant 43 ou 47 ou une cinquantaine de chefs d'État et de Premiers Ministres.
Dans cette allocution il a promis, en tant que futur président du G.8 et du G. 20, de parler en leur nom et d'imposer au moins deux pays africains dans ces organisations.

M. Sarkozy a pu s'entretenir avec les présidents du Niger et de la Mauritanie du sort des otages
"AREVA". Il a rappelé avec force et vigueur que la France ferait tout pour obtenir la libération de ces otages innocents.

Puis tous ces chefs d'État et ministres ont décidé d'apporter une aide francophone à Haïti. (Je croyais que c'était déjà le cas depuis plusieurs mois…)

Le lendemain, RFI (Radio France internationale) nous informait que le ministre des affaires étrangères de la France, M. Bernard Kouchner, avait déclaré que ce n'est pas parce qu'on est francophone qu'on ne doit pas apprendre l'anglais, bien au contraire ; cela est indispensable pour se faire comprendre et vivre pleinement dans la modernité.

C'est bien ce qu'avait compris mon ami du Cameroun francophone qui voulait étudier l'économie dans une université française et qui n'a pas obtenu de visa -- tandis que son collègue du Cameroun anglophone, inscrit dans un "bizness school" à Nice, à 7.000 € l'an, n'a eu aucune difficulté pour recevoir son visa.

Un ami vaudois me faisait part de sa frayeur -- croyant à une attaque fomentée par mon président, Monsieur Ahmadinejad, violant la neutralité de la Confédération helvétique -- lorsqu'il a vu les forces aériennes, les hélicoptères, l'armée, les gendarmes et les polices de Suisse et de France se déployer au-dessus, autour et dans Montreux !

Heureusement la radio romande l'a tranquillisé : ce déploiement de forces n'était que pour assurer la sécurité du président de la république francophone voisine.

Enfin l'assemblée de l'OIF a décidé que sa prochaine réunion se tiendrait à Kinshasa en République Démocratique du Congo et de sources proches de la présidence française il se dit que le ministre Bernard Kouchner a obtenu du président Nicolas Sarkozy,- au cas où ils seraient reconduits dans leurs postes respectifs en 2012 -, l'autorisation de pouvoir s'y exprimer en anglais afin que tous les participants comprennent son discours, sans l'aide d'un interprète.

Inutile de vous dire, cher ami, que j'ai conseillé à mon fils, demeuré au pays, de choisir d'apprendre l'anglais plutôt que le français. Je l'ai fait à contrecœur mais je me dois d'être pragmatique (une vertu bien anglaise, me semble-t-il).

Comme il est étrange que tous les grands chefs francophones, en ces temps d'austérité, ne songent pas à verser l'argent de ce grand raout pour payer des instituteurs, des professeurs pour développer l'instruction publique dans ces pays ayant "le français- la pauvreté, la concussion, la corruption,- en partage"

Bien à vous et à vos amis d'Avenir de la langue française.

Usbek

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Lettre à mes amis anglophones (15 octobre 2010)

Chers amis Anglais chez qui j'ai passé mon enfance, chers amis Étasuniens chez qui j'ai passé trois années de ma vie de jeune adulte lors des belles années 70 (que tant de français appellent les seventies... comme si elles n'avaient pas été superbes en France aussi... fut-ce en dehors de votre champ d'influence!), nous ne vous respecterons qu'autant que vous nous respecterez! Quant aux "vendus" et "collabos" qui vous suivent à la trace, je connais le mépris que vous avez pour eux, tout en les utilisant ! Je sais qu'il est inscrit dans votre culture - j'ai presqu'envie de dire "dans vos gènes"- que votre objectif est moins de respecter les autres peuples que de les dominer!  Non merci, nous sommes de plus en plus nombreux à résister, à chercher d'autres débouchés dans la vie que de jouer les plus fortiches... mais de nous épanouir selon nos choix.

Qu'il soit clair que les peuples non-anglophones de naissance seront toujours classés "de second ordre" selon les critères de votre monde WASP (White-anglo-saxon-protestant), et cela, même avec une connaissance poussée de votre langue! Tout effort de quiconque dans ce sens est considéré comme une acceptation de votre suprématie! N'est-il pourtant pas plus digne d'être nous mêmes et d'élargir le champ de notre culture en cultivant celle-là plutôt que de faire la course avec vos véhicules que nous ne maitriserons jamais comme vous -que nous n'avons pas nécessairement envie d'imiter d'ailleurs, vu l'accélération de la dégradation de la planète que votre système induit.  
        
Qu'il soit clair aussi, pour tous les gens qui réfléchissent un peu, que contrairement à ce qui est "naïvement" dit et répété (notamment dans Le Figaro du 7/10/2010: "Écoles et universités veulent enseigner davantage en anglais"), la langue anglaise n'est pas "internationale", elle n'est que vecteur d'une mondialisation forcenée et d'une pensée unique gouvernée par Wall street et toute "l'intelligentsia" anglo-saxonne, dans une volonté de domination ! Elle n'est en rien une ouverture vers la diversité culturelle, comme on tente de nous le faire croire, elle est captatrice et réductrice vers un asservissement à vos règles, vous qui vous prenez pour les "maîtres du monde" ! Toute soumission à cette pression (souvent obligation) est un exemple contemporain de ce que La Boétie appelait "servitude volontaire"... Les Francophones et les peuples respectueux de notre culture doivent savoir que s'il est légitime d'apprendre la langue anglaise (mais aussi bien l'espagnol, l'italien, le russe, le javanais...) ce ne doit être en aucun cas une nécessité de plus en plus présentée comme vitale !

L'anglais n'est ni la langue de la science, ni celle de l'art, ne celle de la philosophie, ni celle de la musique et de la chansonnette, mais il faut reconnaître que de plus en plus de journaux et plus encore de stations radiophoniques (quand bien même s'appellerait-elle France inter!) tentent de nous le faire accroire, voire sont dirigés par des équipes qui baissent les bras et bradent leur langue maternelle en introduisant systématiquement des "making of", des "last but not least" (comme on dit, ajoutent-ils) etc., comme si nous n'avions pas d'équivalents en français ! Lorsqu'un jour j'ai dit "seul en scène" à un ami, il m'a repris en disant "ah! tu veux dire one-man-show?"...
Nous ne voulons pas porter vos masques.

Sincèrement

François Mainguy
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Démolition (14 octobre 2010)

Un ami m'écrit, à propos de la démolition que nous subissons :
"Actuellement, par mon travail, je suis amené à voir comment deux grands groupes français ayant acquis une dimension multinationale (GDF Suez et EADS) imposent l’anglais en leur sein. Cela procède d’une volonté managériale et de parti pris idéologiques extrêmement puissants. Il s’agit en effet d’imposer les modèles, références, modes de pensées et surtout d’agir anglo-saxons. D’autre part, il faut casser, détruire, la culture nationale des membres du personnel. C’est réellement une démarche de l’ordre de la révolution culturelle maoïste.

Cette idéologie imprègne toute la société et se répand y compris dans le secteur public (cf ce qui se passe dans l’Éducation Nationale avec la maltraitance des langues étrangères autres que l’anglais). Je pense que la léthargie de l’État dans la défense de notre langue et son inadmissible faiblesse dans le développement de la francophonie, participent de cette idéologie.

L’intérêt, la volonté des grands groupes multinationaux et du capitalisme financier est que la mentalité anglo-saxonne devienne dominante, que l’ensemble des couches actives du salariat connaissent une véritable mutation culturelle, au sens génétique du terme. Ne nous y trompons pas, le néo-libéralisme est également une révolution culturelle. Dans cette logique, car au-delà d’une stratégie consciente qui existe, cela fini par faire système, la domination de l’anglais est un véhicule absolument nécessaire. Celle-ci fonctionne doublement. A la fois, elle permet l’assimilation des modèles culturels anglo-saxons et, simultanément, elle est un puissant facteur d’acculturation, de déracinement culturel et identitaire.

Toute les structures importantes de France subissent cette action de démolition nécessaire pour reconstruire autre chose : les entreprises de niveau international, l'Éducation nationale, l'Armée, le secteur public payé par nos impôts et volé au peuple de France.

Cet ami existe bel et bien. Il n'est pas le seul à nous dire son désarroi et je crois même qu'ils sont quelques millions en France aujourd'hui !

Denys Ferrando-Durfort, président de l'association Le Français en Partage.
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Lettre à Claire Chazal présentatrice du journal de TF1 en fin de semaine (19 mai 2010)
Madame,

Je me permets de vous écrire à nouveau car j'ai réécouté le reportage sur la terminologie diffusé dimanche soir (videos.tf1.fr/jt-we/dites-vous-leader-ou-chef-de-file-5854265.html) et ai noté d'autres inexactitudes dans vos propos. Vous dites :

"La plupart des étudiants savent qu'ils doivent apprendre l'anglais s'ils veulent trouver un emploi (...)."

Cette affirmation est erronée car la plupart des étudiants trouvent des emplois sans avoir besoin de connaître l'anglais.

"Dans certaines professions, l'anglais est même la langue courante, même si on travaille en France. "

Il aurait été vraiment souhaitable, dans un souci d'information, de signaler aux téléspectateurs que l'emploi de l'anglais au travail en France est illégal. En effet, tous les documents de travail (y compris les logiciels) doivent être légalement rédigés en français. Et des entreprises ont été lourdement sanctionnées ces dernières années pour usage illégal de l'anglais. Par exemple, la société américaine GEMS, qui a été condamnée à 570 000 euros d'amende pour avoir refusé de traduire en français ses documents de travail : www.novethic.fr/novethic/site/article/index.jsp?id=99187

De même pour les sociétés Europ Assistance et Nextiraone, qui voulaient imposer à leurs salariés français des logiciels en anglais sans traduction :
www.mef.qc.ca/nouveau_succes_entreprises_francais.htm
www.rfi.fr/actufr/articles/111/article_79206.asp

Je pense qu'il serait donc vraiment souhaitable de faire attention à l'avenir aux propos tenus par rapport à l'anglais. Contrairement à ce que veut nous faire croire la propagande mensongère des Anglo-Saxons, l'anglais n'est aucunement indispensable pour travailler. Et une forte majorité de Français n'emploie jamais l'anglais dans ses activités professionnelles.

Bien à vous

Daniel De Poli -Illkirch (Bas Rhin)
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Lettre à Mgr Podvin porte-parole des évêques de France (25 avril 2010)
Monseigneur,

Comment avez-vous pu vous laisser "embarquer" par des publicistes sans imagination dans une effroyable campagne de recrutement qui ramène la prêtrise au niveau d'une marchandise telle Nescafé, Adidas, etc. ? Et que dire d'avoir intitulé "Prêtres academy" les petits films assimilant cette fois le sacerdoce à ces très contestables émissions de télévision que vous ne pouvez certainement pas apprécier. Que dire encore d'avoir pris des mannequins déguisés en pasteurs d'une autre religion et à l'allure douteuse à la place de vrais prêtres. Où est le spirituel, je ne parle pas de drôlerie, quoique...

Pourquoi avoir employé l'anglais ou le méli-mélo anglais-français ? L'Église avait perdu son latin, cette campagne lui fait perdre son âme déjà bien mal en point aux yeux du monde entier.

Non, Monseigneur cette campagne ne vous amènera pas de prêtres dignes de ce nom.

Espérant que vous allez l'interrompre rapidement car j'ai peur qu'elle coûte à l'Église beaucoup plus cher que les centaines de milliers d'euros déjà dépensés.

Une catholique infiniment malheureuse qui vous assure, Monseigneur, de son grand respect et de sa profonde considération.
Agnès Objois
Paris
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Des langues différentes (14 avril 2010) - Publié dans Le Monde daté du 14 avril 2010 – page 25

Jacme Delmas dans son texte "Pour l'occitan" dans Le Monde du 10 avril établit un parallèle entre le sort des langues française et régionales. Or, elles ont des fonctions différentes. Les langues régionales font partie du patrimoine national et jouent un rôle de proximité. J'en parle et favorise une moi-même, le béarnais, parler gascon qui, soit dit en passant, n'est pas de l'occitan, terme récent, n'en déplaise à certains annexionnistes du Languedoc. Le français est la langue commune de la nation, langue internationale aussi, que toutes les provinces ont faite leur depuis des générations. La guerre des albigeois était une guerre civile, pas étrangère, et les soldats du comte de Toulouse, qui défendaient une cause juste contre les reîtres de Montfort, ne contestaient pas leur appartenance au royaume des Lys. Il ne faut pas mélanger les époques. Le français est menacé par la langue d'un imperium étranger avec la "complicité" souvent inconsciente de relais en France même.
Jean Hourcade
L'Étang-la-Ville (Yvelines)
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Pour l'occitan (10 avril 2010)- Publié dans Le Monde daté du 10 avril 2010 – page 28

Je réagis à la lettre de Jean Hourcade, "Aliénation linguistique", publiée dans Le Monde du 6 avril, à propos de la "ringardisation de notre identité". Un processus qui est bien connu, surtout en terre occitane. Les Français ont ringardisé l'occitan. Le maire de Carcassonne n'a pas d'autre mot que "production ringarde" pour qualifier, face à l'arrivée massive de la culture télévisuelle du service commercial, la production historique des massacres français par le groupe OC.
Mais on peut voir les choses différemment. Est-ce que l'arrivée massive de l'anglais, à Paris, fera prendre conscience aux Français qu'ils ont été aussi les acteurs d'une ringardisation des langues de France ? Je crains que leur aveuglement nationaliste ne les freine. Il manque aux Français un vrai miroir critique pour qu'ils voient dans leur action un nationalisme d'expansion, et, dans la nationalité française, leur identité nationale imposée aux voisins les plus proches.
Jacme Delmas
Toulouse
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Pour le français (10 avril 2010))- Publié dans Le Monde daté du 10 avril 2010 – page 28

Oui, les Français ne sont plus francophones. Après dix années de séjours en France, plus particulièrement à Paris, je suis absolument scandalisée de l'anglicisation qui envahit ce beau pays.
Abdou Diouf, le secrétaire général de l'Organisation internationale de la francophonie, "a appelé à réagir contre l'hégémonie de l'anglais", mais le président de la France parle du "complexe" de la francophonie qui serait "la seule à ignorer sa force".
En qualité de Québécoise et de membre d'un État de la francophonie qui lutte depuis des années pour sauver sa langue et sa culture, je tiens à informer, monsieur le président, que c'est avec force et conviction et sans complexe que nous continuons de lutter. Nous avons besoin d'une France qui s'intéresse vivement au fait français et qui, de surcroît, pourrait peut-être adopter une loi pour "refranciser" ce pays.
Lucie Dufresne
Québec
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Aliénation linguistique (7 avril 2010) - Publié dans Le Monde daté du 7 avril 2010 – page 26

Ariette Farge, dans son article "L'essoufflement psychique de la France est un événement historique" (Le Monde du 31 mars), décrit bien le sentiment général de dépossession qu'éprouve la nation française et corrobore la .réflexion du médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye (le Monde du 22 février). Elle aurait pu citer aussi l'aliénation linguistique qui nous est infligée avec l'invasion sournoise de l'anglais dans tous les domaines de la vie : au travail dans certaines entreprises, dans l'enseignement, dans le matraquage publicitaire et jusque dans la musique d'ambiance des supermarchés et des quais de gare où quelque Big Brother sous contrat diffuse de la chanson anglo-américaine. Cette entreprise de ringardisation de notre identité jusqu'à notre langue est profondément démoralisante.
Jean Hourcade
L'Étang-la-Ville (Yvelines)
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Lettre à Robert Solé (Le Monde) (7 mars 2010)
 
Cher Monsieur,

Fidèle lecteur du Monde et en particulier de votre billet quotidien, je me permets d’accoler cet adjectif au “Monsieur” de rigueur, tant j’ai l’impression de vous connaître à force de vous lire.
Étant linguiste, j’ai particulièrement apprécié votre article en bas de première page, dans Le Monde des livres du 26 février, sur la langue française, “l’âme même de la nation”, disait Michelet, que vous citez. Je m’étonne avec vous qu’on en ait si peu parlé dans le fameux débat sur l’identité nationale. S’il existe un signe ou plutôt une manifestation éclatante, et en même temps un sentiment intime, de cette identité, c’est bien dans la langue qu’on les trouve. Mais apparemment tout le monde s’en moque.

Les puristes s’inquiètent de ce “chef-d’œuvre en péril”. Leur souci est honorable. Mais ce n’est pas à présent le plus grave. Après tout, la langue change, comme elle a toujours changé. Les fautes d’aujourd’hui sont la norme de demain. Encore faut-il, naturellement, veiller, chez les enfants qui l’apprennent, à préserver la richesse et la propriété du vocabulaire, la souplesse et la justesse de la syntaxe. C’est l’affaire de l’école, qui a bien besoin qu’on s’en soucie sur ce point comme sur d’autres.

Le danger le plus pressant aujourd’hui est ailleurs. Il est que le français risque de se trouver à terme réduit à n’être plus qu’un idiome local limité aux besoins quotidiens. Si la science ne s’exprime plus qu’en anglais, si les grandes affaires ne se traitent que dans cette langue, si la diplomatie n’en emploie plus d’autre, si l’administration de l’armée française fait de même (j’en ai des témoignages) et, bien sûr, aussi celle des institutions européennes, etc., il deviendra un jour impossible de traiter en français de questions un peu complexes ou élevées, de techniques avancées et d’idées nouvelles.

L’Académie française, paraît-il, veille traditionnellement au bon usage. Ne devrait-elle pas se soucier de l’usage tout court? Je suis frappé de voir dans combien de cercles dirigeants et dans combien de domaines, l’habitude se prend d’user de l’anglais, même entre francophones et sans nécessité. Personne ne semble s’en inquiéter. On dirait que les Français se laissent avec délice emporter par l’anglomanie et ont perdu le sentiment de la dignité de leur langue. Les Québécois se défendent mieux.

Certes, nous ne sommes plus au temps de Rivarol ni même au début du XXe siècle, et il est vain d’évoquer ce passé. L’avenir est au multilinguisme, nous dit-on. Oui, théoriquement, et sous la dominance de l’anglo-américain. Qu’y a-t-il de plus multilingue que l’Europe? Pourtant, on apprend moins que jamais les langues des voisins.

Est-ce un snobisme passager? Faut-il espérer un jour un retournement de l’opinion, une renaissance de fierté nationale. On rencontre facilement des individus qui se disent scandalisés par les pratiques actuelles. Mais la société française semble inerte. On en vient à se demander s’il n’y a pas, dans ses couches supérieures, une volonté de favoriser l’extension de l’anglais, et si nous ne sommes pas victimes d’une pression délibérée venue d’en haut.

Comment faire pour que surgisse un mouvement d’opinion? L’Académie française ne dit rien. En ce qui concerne l’Académie des inscription et belles-lettres, je ne désespère pas d’obtenir une prise de position, mais elle ne touchera que le cercle relativement restreint de certains praticiens des sciences humaines. Peut-on espérer un éveil des milieux littéraires ? Ils ne se manifestent guère sur ce sujet. De la presse? Vous êtes mieux placé que quiconque pour répondre.
En tout cas, merci de votre bel article. En espérant d’autres semblables, je vous prie, cher Monsieur, de croire à toute ma sympathie.
Gilbert Lazard
linguiste, Membre de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres
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Cris et beuglements (22 février 2010)

Vendredi dernier, au soir, un ami et moi rentrions par la même ligne de métro. Arrivés à la station de correspondance où nos chemins se séparaient, je l'accompagnai dans les couloirs pour prolonger la conversation. Nous passâmes devant un homme jeune, qui hurlait une goualante en anglais dans un micro connecté à des haut-parleurs gros comme des frigidaires pour familles nombreuses. Les vibrations ébouriffaient les cheveux, déchaînaient des courants d'air à faire dérailler les wagons ; des carreaux de céramique se détachaient des voûtes tremblantes, le sang refluait dans les carotides, les tympans se fendaient, les osselets désarticulés jaillissaient hors des oreilles.

Nous franchîmes le couloir où ce typhon sévissait en nous bouchant les oreilles et en faisant signe au zygomard, de nos doigts restés libres, pour l'inciter à réduire l'intensité du cataclysme. J'accompagnai mon ami jusqu'au quai de la ligne de métro qu'il prenait, puis fis demi-tour et repris le même couloir dans l'autre sens, m'apprêtant mentalement, non sans effroi, à affronter à nouveau la tempête. L'aède venait d’achever son chant ; je m'approchai donc de lui, dans l'intention de lui demander de baisser un peu le son, afin d'éviter les ruptures d'anévrisme, et de bien vouloir chanter aussi de temps en temps dans la langue locale, pour complaire aux indigènes. Dès qu'il me vit approcher il détourna le micro afin que mes paroles ne soient entendues que de lui. Je lui exposai donc ma requête, et il ressaisit son micro pour dire, avec un accent que je n’ai pas reconnu : "Monsieur, si cela ne vous plaît pas il faut changer de ville". Je saisis donc l'occasion d'une main et le micro de l'autre, pour répondre que j'étais chez moi dans ma ville, et que si l'un de nous deux devait la quitter ce ne serait pas moi. Mouvements divers dans l'assistance, comme on lit dans les comptes-rendus des séances de l'Assemblée Nationale.

Là-dessus je partis sans continuer une discussion vaine, mais entendis en m'éloignant un brouhaha de harangue et d’exclamations. J'imagine que le pauvre garçon se plaignit de l'agression dont il avait été victime, et reçut les excuses (congrument dues) et les condoléances de la bien-pensance locale. La réputation de mauvais accueil des étrangers par des Parisiens sectaires, étroits d'esprit, xénophobes, d'ailleurs ignares en langues étrangères et insensibles à la beauté, racistes par surcroît, est hélas bien connue du monde entier.

Paris serait tellement mieux sans Parisiens ! Mais nous sommes en bonne voie : presque toutes les librairies du Quartier Latin ont été remplacées par des bric-à-bracs de fringues étasuniennes fabriquées en Malaisie.
Alednaej Eniatnof

Date de création : 24/02/2010 - 10:17
Dernière modification : 07/11/2010 - 18:47
Catégorie : Et encore... - au courrier...

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