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Quelles langues enseigner à l'école ?
par Philippe Rossillon
[ publié dans le n°22 de la TILV (Tribune Internationale des Langues Vivantes) en novembre 1997 ]

Je viens de participer à l'intéressant colloque organisé par l'Association Européenne des Linguistes et des Professeurs de Langues (AELPL), avec le soutien de diverses associations ou institutions dont l'Union Latine et le British Council.

Il faut être reconnaissant à l'AELPL d'avoir posé une question qui ne semble pas préoccuper les gouvernements européens : de même il faut être indulgent si aucune réponse, semble-t-il, n'a été donnée à cette question.

En effet, les professeurs de langues, les institutions spécialisées, les parents d'élèves, n'ont aucune compétence pour traiter ce type de problème, qui est d'ordre essentiellement politique.

Seul, en effet, le pouvoir politique peut déterminer les objectifs collectifs d'un enseignement des langues : seul le pouvoir politique peut décider des budgets, des programmes, des horaires, des sanctions, qui orienteront vers l'apprentissage plus ou moins poussé de telle ou telle langue dans l'enseignement primaire ou secondaire et dans une large mesure dans l'enseignement supérieur.
Et c'est encore le pouvoir politique qui peut, par la création et le maintien d'institutions ou écoles spécialisées toujours coûteuses, permettre aux esprits curieux de s'initier au tamoul ou au quechua. Du moins en est-il ainsi en Europe ; mais les pays anglo-saxons, de tradition en apparence "libérale", ont également une politique linguistique, même si cette politique n'est pas affichée.

Ainsi, les États-Unis se gardent bien de créer des cours d'espagnol, au Y niveau primaire. Les crédits jadis affectés par le gouvernement fédéral à ' l'enseignement de l'espagnol aux minorités ethniques réclamés par les pédagogues soucieux d'une meilleure adaptation à l'école des jeunes "chicanos" ont été supprimés bien avant que ne soit adoptée en Californie la loi imposant l'English only.

Cependant, certains des propos tenus lors de ce colloque allaient bien au-delà des traditionnels débats techniques entre enseignants sur les vertus et les méthodes d'un apprentissage précoce des langues, et au-delà des préoccupations des professeurs de langues dites "rares" (terme employé par l'Éducation Nationale pour le portugais, qui n'est pourtant pas plus "rare" que le français) lesquels plaident en vain lors de ces colloques la cause d'idiomes bien négligés par les Ministères ou les Inspections d'Académies.

Ainsi, le Professeur Hagège a-t-il donné une première réponse politique à la question posée. Selon ce grand linguiste, nos langues seraient menacées d'extinction d'ici cinquante ou cent ans, si l'on persistait à n'enseigner en Europe que l'anglais.

Le Professeur Hagège a, par ses propos, proclamé un premier choix : son objectif fondamental est de garantir la survie du français, de l'allemand, de l'italien, de l'espagnol, bref des grandes langues européennes. Beaucoup souriront ou hausseront les épaules. Comment imaginer que nos langues européennes disparaissent ?

Et pourtant, Claude Hagège a parfaitement raison.
Une commission nationale néerlandaise n'a-t-elle pas récemment proposé de dispenser tous les enseignements, à tous niveaux, en anglais, renonçant ainsi à la langue nationale. Le projet a été rejeté in extremis, mais il serait certainement adopté en 2015 ou 2020, si le vent continuait à souffler dans le même sens ; et dans des pays dont la langue est plus répandue que le néerlandais, on voit déjà se créer des enseignements supérieurs dispensés en anglais, avant-garde d'universités anglophones ; pour que leurs rejetons accèdent plus facilement à ces universités colonialistes (fréquemment des universités aux États-Unis), les parents d'élèves réclameront de plus en plus fortement des classes " bilingues " (entendez des classes " anglophones ") aux niveaux primaire ou secondaire.

Le professeur Hagège estime que la parade à cette évolution qui nous conduirait en un demi- siècle à la perte de nos langues européennes, c'est l'enseignement précoce obligatoire d'une langue européenne autre que l'anglais. Là encore, il s'agit d'un choix politique, le choix de l'Europe, le choix de la solidarité entre langues menacées d'être ravalées au rang des dialectes.
L'idée est séduisante et j'y souscris, bien que le professeur Hagège ne cache pas qu'il s'agit, à l'heure actuelle, d'une utopie. Où trouver l'argent ? Où trouver les professeurs ? Comment convaincre les parents, c'est-à-dire les électeurs, que leur enfant devra commencer par l'italien et n'aborder l'anglais qu'à 13 ou 14 ans, âge de toutes les rebellions, âge où le "cancre" se révèle souvent dans toute sa volonté de ne rien apprendre !

Cependant, l'utopie de Claude Hagège finira peut-être par s'imposer, si les gouvernements européens découvrent, un jour, que les identités culturelles des nations ont au moins autant d'importance que la folie des vaches ou l'union monétaire.
Cependant, on pourrait faire d'autres choix "politiques". Rien n'interdit à la France de renoncer au "tout anglais" et d'amener tout ou partie des classes d'âge à un apprentissage modulaire des langues latines dès la sixième, à un apprentissage un peu plus tardif (en quatrième par exemple, comme le préconise Bernard Cassen) de l'anglais.

Certes, l'aménagement des programmes, des coefficients aux épreuves de langues impliquerait un minimum de réflexion sur les "besoins en langues" de la nation et partant, sur les objectifs à fixer à notre enseignement, notamment secondaire. Je rêve d'une révolution administrative qui arracherait à l'Éducation Nationale, évidemment incompétente, la fixation de ces objectifs. Le commissariat au plan, épaulé par un département spécialisé de l'Institut National de la Statistique et des Études Économiques, sont mieux armés que l'Éducation Nationale (et que les professeurs) pour savoir à quel niveau de connaissances des langues, et de quelles langues, il faut pousser les jeunes Français. A chacun son métier : confions à l'Éducation Nationale la pédagogie, mais pas la futurologie, ni même l'analyse socio-économique ou géopolitique. Il est probable que l'INSEE ne conclurait pas à la nécessité d'enseigner l'anglais à 99,9 % des jeunes français, comme c'est le cas actuellement, et ce pendant 10 ou 12 ans, comme c'est aussi le cas, sous prétexte que cet enseignement ruineux et hypertrophié est utile pour notre commerce extérieur, argument éculé des colloques patronaux sur les langues.

L'INSEE s'apercevrait sans doute que la grande majorité des Français (89 % des actifs de 25 à 50 ans) selon une étude SOFRES de 1985, n'utilisent aucune langue étrangère dans leur vie professionnelle.
L'INSEE s'apercevrait que la nécessité de parler anglais pour se promener à Bangkok (argument fort utilisé dans les salons) ne concerne que 0,1 % des Français, (lesquels d'ailleurs voyagent de plus en plus en groupe, sous la houlette d'un guide) et que 70 % des Français qui prennent leurs vacances hors de l'hexagone se rendent dans des pays plus ou moins francophones ou au moins latins.
Cependant, l'INSEE s'apercevrait aussi probablement que nous manquons cruellement de bons traducteurs anglais/français spécialisés en biologie ou en optique, que la France n'a pas de bonne banque de terminologie, et que, au moins provisoirement, l'anglais "spécialisé" de nos scientifiques devrait être sérieusement amélioré.
Et puis, l'INSEE s'apercevrait peut-être que nous ne disposons pas d'un nombre suffisant de traducteurs de coréen, et certainement qu'il est stupide de négliger à ce point le portugais et désormais le russe.

Cela dit, une politique d'enseignement des langues ne devrait pas être fondée exclusivement sur des critères de prospective économique, scientifique et technique. Il est important qu'un nombre raisonnable de jeunes français continuent à apprendre le latin et le grec ancien et pour des raisons qu'il n'est pas nécessaire de développer, les défenseurs des langues anciennes l'ayant fait depuis longtemps ; et à supposer que nos amis italiens continuent à communiquer avec le monde extérieur (et même, entre eux, dans les grandes entreprises) en anglais, ce ne serait pas une raison suffisante pour renoncer à enseigner un peu l'italien à 2 ou 3% des jeunes Français, et à produire tous les ans quelques dizaines d'excellents italianistes. L'homme ne vit pas que de pain.

Bref, il faudrait mettre en place une politique volontariste de l'enseignement des langues sans aller jusqu'aux "contingents linguistiques" jadis coutumiers aux États-Unis, mais, une politique qui, dans la meilleure tradition du Commissariat au plan des années 1950, "orienterait" sans imposer (ou en tout cas sans imposer plus que ne le fait l'actuelle absence de politique).

Encore une fois, il n'est pas indispensable que cette politique soit européenne, s'il nous faut attendre une prise de conscience des Espagnols, beaucoup plus engagés encore que la France dans le "tout anglais", nous risquons de perdre de précieuses années.

C'est au gouvernement français (ou au gouvernement portugais, ou au gouvernement allemand...) qu'il appartient de définir une politique d'enseignement des langues et préalablement peut-être, aux représentants de la nation parfois un peu moins obsédés par le court terme.

Philippe Rossillon
Secrétaire Général de l'Union Latine


Date de création : 15/10/2010 - 10:53
Dernière modification : 12/11/2011 - 12:49
Catégorie : ALF - Prises de positions - Enseignement

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