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Lettres de protestation

aux députés européens (français à Bruxelles) (9/2009)

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Lettre aux députés européens français
suite à leur élection (septembre 2009)
 
lettre adressée à tous les élus français au Parlement européen
_______________________________________________________________________________
Avenir de la langue française
34 bis rue de Picpus
75012 Paris

Le Président
Nos réf. : AS/121
Objet : L'Europe est et doit rester diversité,
et "sa langue est la traduction
"

Monsieur Damien Abad
représentant la France au Parlement européen
Bureau d'Information pour la France du Parlement européen
288, boulevard Saint-Germain
75341 Paris cedex 07
 
Paris, le 30 septembre 2009

Monsieur le Député,

Au nom d’Avenir de la langue française, j’ai l’honneur de vous adresser toutes nos félicitations pour votre élection le 7 juin dernier.

Les institutions européennes, à Strasbourg, à Bruxelles, à Luxembourg et jusqu’à Francfort, ont été dotées depuis longtemps d’une réglementation contraignante en ce qui concerne l’emploi en leur sein des langues nationales des pays membres.

Vous savez que cette réglementation est de plus en plus systématiquement bafouée.

Ces institutions invoquent certes religieusement les bienfaits du plurilinguisme, mais s’ingénient dans les faits, dans leur action quotidienne opiniâtre, à rendre commun et quasiment obligatoire l’usage de la langue anglaise au détriment de toutes les autres langues et de la nature même de l’Europe dont la diversité linguistique et culturelle est une composante essentielle.

Il n’est que de lire le récent et très objectif rapport de notre compatriote M. Truchot : Europe : l’enjeu linguistique, publié à la Documentation française, pour prendre toute la mesure du phénomène et de ses effets dévastateurs.

Nos associations, pour leur part, ne cessent de les dénoncer depuis des années.

Un exemple de ce qu’elles combattent : les institutions européennes ont pris depuis quelque temps le pli d’envoyer très officiellement la quasi-totalité de leurs documents de travail aux divers États membres dans la seule version anglaise, en invoquant toutes sortes de raisons qui ne sont que des prétextes à l’instauration de l’hégémonie de l’anglais.

Au fil des ans, nous constatons une angoissante détérioration de l'usage du français tant dans les séances des commissions, les textes réglementaires, les documents officiels, les appels d'offres, les dossiers, les auditions, les formulaires, les sites sur la Toile, ainsi que dans la présentation de projets concourants à l'obtention d'une subvention.

Nous avons donc l’honneur de vous prier instamment de veiller et d'intervenir avec vigueur afin que soit respecté le règlement  quant à l'utilisation égalitaire du français (pour ne parler ici que de notre langue…) et de l'anglais à tous les niveaux des travaux – au moins écrits - et des publications de l’Union européenne.

Nous vous prions instamment d'être intransigeants en ce domaine. Accepter que l'anglais devienne la langue commune – bientôt unique ? - de l'Europe c'est privilégier un système de pensée, une culture, ainsi qu’une 'économie univoque, le libéralisme, primauté incontestée de l’argent et des valeurs matérielles et spéculatives qui viennent de causer et peut-être de pérenniser la crise que nous connaissons.

C’est encore accorder aux États-unis d’Amérique du Nord et à l’ensemble du monde anglo-saxon un avantage économique et concurrentiel d’une importance énorme, qui a pu être chiffré à plusieurs dizaines de milliards d’euros en ce qui concerne les seules dépenses d’apprentissage de l’anglais par les non-anglophones.

C'est aussi favoriser en fait, dans le recrutement du personnel, les anglophones de langue maternelle, toujours meilleurs en anglais que les meilleurs étrangers qui n’ont l’anglais que comme langue seconde. Ces derniers se trouvent, quelle que soit leur qualité d’expression acquise au prix de milliers d’heures de travail qui pourraient recevoir une meilleure affectation, toujours en situation inférieure dans l'ensemble des services de l’Union.

Cette discrimination et ces faveurs deviennent en fait quasi « raciales ».

C'est enfin limiter, réduire drastiquement, le nombre d'interprètes, traducteurs, avec un effet destructeur sur l'emploi qualifié, la formation aux langues étrangères, le développement plurilinguistique et la diversité culturelle de l'Europe.

Nous comptons donc sur votre engagement entier et permanent pour cette cause.

Umberto Eco a écrit : « La langue de l’Europe, c’est la traduction ». Et cette traduction, complaisamment réputée coûteuse, ne représente qu’un peu moins de deux euros par habitant de l’Union, soit un pourcentage vraiment faible pourcentage de son budget.

Il y va, ne vous méprenez pas, de la survie de la langue française, la vôtre, la nôtre, et des autres langues nationales, y compris des plus grandes, dans l'Union européenne.

Mais aussi de la diversité culturelle en ce continent et dans le monde tout autant que d'une certaine forme de civilisation dont nous n’avons pas à rougir, ni a fortiori à nous repentir.

Nous avons donc l’honneur de vous prier instamment de veiller et d'intervenir avec vigueur et intransigeance afin que soit respecté le règlement quant à l'utilisation égalitaire du français (pour ne parler ici que de notre langue…) et de l'anglais à tous les niveaux des travaux – au moins écrits - et des publications de l’Union européenne.

Veuillez agréer, Monsieur le Député, l’expression de notre espoir et de toute notre considération.

Le Président
Albert Salon,
ancien Ambassadeur,
docteur d’État ès-lettres


Date de création : 16/10/2010 - 19:39
Dernière modification : 25/03/2011 - 19:44
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