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Le forum La voix francophone animé par 3 membres d'ALF existe depuis Janvier 2013. Une vingtaine de rédacteurs y participent.

Les animateurs de ce forum ont ouvert une rubrique "Avenir de la langue française" sur la page d'accueil. Les visiteurs du site pourront y publier des messages, il pourra s'agir de commentaires à propos des articles publiés sur le site d'ALF. Toutes les initiatives seront bienvenues de telle façon que les membres de l'association ainsi que les visiteurs du site d'ALF, puissent échanger entre eux sur le thème de la francophonie qui nous est cher. À bientôt sur le forum ! Michel Chevallier

 ↑  

Lettres de protestation

Der. nouv.

/nouvelles/presse.gifLangue française : Nouvelles d'avril 2021 - le 09/04/2021 - 16:22 par MAR

Langue française : Nouvelles d'avril 2021

Le Monde B. Cassin et X. North En décidant de traduire en anglais seulement notre nouvelle carte d’identité, nous avons tout faux (5/4) (lien)
RTL Des anglicismes à bannir de notre langue (4/4) (lien)
Le Devoir Le français n'appartient pas qu'aux Français [Dictionnaire des francophones] (lien)
Marianne Nouvelle carte d'identité bilingue : encore un peu de globish en dessert ? (3/4) (lien)
Le Devoir La séduction de l’anglais, de Paris à Montréal [Sciences Po Paris l'anglomane] (lien)


nouvelles2021/CNI0.jpgLes French citoyens ! - le 02/04/2021 - 16:55 par Fr_Combes_P_Latour

Les French citoyens !

« Inscris, je suis arabe », écrit Mahmoud Darwich dans un de ses poèmes les plus célèbres ; car les peuples privés de leur identité peuvent la revendiquer avec fierté. Et nous, qu’allons-nous pouvoir dire ? « Inscris, I’m un French citoyen ? Un Européo-Français ? »


Le gouvernement français, en liaison avec la Commission européenne et sans consultation des parlementaires, vient de décider d’une nouvelle carte « nationale » d’identité (CNI). Une carte européenne, avec le drapeau européen à côté du drapeau tricolore et toutes les mentions dans les deux langues : français et anglais. Et ils ont choisi la Semaine de la langue française pour accomplir leur forfait !


Non contents de n’avoir jamais respecté la loi Toubon qui fait théoriquement interdiction aux entreprises publiques de communiquer ou de baptiser leurs marques et leurs produits autrement qu’en français, ils viennent de décider que nous étions devenus un pays bilingue. Non pas français et breton ou français et occitan, mais français et anglais.

French identity card
Foulé aux pieds l’article 2 de la Constitution qui stipule que le français est la langue de la République. Et le fait que la Grande-Bretagne ait quitté la Communauté européenne ne les a pas dissuadés de faire de l’anglo-américain la langue officielle de l’Europe.

En fait, il faut, « quoi qu’il en coûte » imposer le « tout anglais ». Imposer le « basic English »’ à tous les citoyens et travailleurs répond à un impératif économique des grands groupes : désegmenter le marché du travail pour favoriser la concurrence de tous contre tous. Mais il y a aussi un objectif politique et culturel : en finir avec les particularités nationales et l’exception française, effacer la culture du pays de la Révolution et de la Commune.

Il est frappant de constater comment cet abandon de souveraineté linguistique s’accompagne de la flatterie envers le chauvinisme. Si l’on en croit beaucoup de pubs, tout ce qui est fabriqué en France serait meilleur que ce qui vient d’ailleurs. Pourtant, alors que la petite île de Cuba a réussi à mettre au point quatre vaccins, le pays de Pasteur, inféodé au Big Pharma, en est réduit à payer au prix fort les vaccins américains ou anglais qui ne sont même pas livrés…

Pendant la Semaine de la langue française est passé un « clip » (là, le mot anglais s’impose), montrant un livreur et sa cliente qui parlaient un français à la mode d’autrefois. Heureusement, une voix « off » ajoutait : « Semaine de la langue française… mais n’en faites pas trop ».

Ils en font trop ! Excusez-nous si nous nous enflammons mais « qui trop embrase mal éteint »…

Francis Combes & Patricia Latour
chronique parue dans l’Humanité du 25 mars 2021

à lire également le communiqué de l'A.Fr.Av.

Pour information, l'Allemagne a fait une carte d'identité nationale dans les 3 langues officielles de la Commission européenne : allemand, anglais, français. 


/nouvelles/presse.gifLangue française : Nouvelles de mars 2021 (4) - le 30/03/2021 - 17:27 par MAR

Langue française : Nouvelles de mars 2021 (4)

Causeur Français : la France n’est pas une région de l’Union européenne ! (23/03) (lien)
Le Figaro Pour ou contre l’écriture inclusive? 2 linguistes débattent (30/03) (lien)
Le Petit journal Écriture inclusive : évolution de la langue ou aberration ? (24/03) (lien)
Mme Figaro "Ça fait sens", "on a un sujet"... 7 anglicismes à bannir de nos courriels (lien)
France bleue Tours : le président de la métropole interpellé par l'association DLF (19/03) (lien)
Le Figaro Connaissez-vous ces savoureuses expressions suisses ? (18/03) (lien)
France Terme Un français connecté aux réalités informatiques (lien)


/nouvelles/presse.gifLangue française : Nouvelles de mars 2021 (3) - le 24/03/2021 - 14:42 par MAR

Langue française : Nouvelles de mars 2021 (3)

Élysée E. Macron "Une ambition pour la langue française et le plurilinguisme" chiche ! (lien)
Sud-Ouest Carte d’identité bilingue : le sénateur Mickaël Vallet (PS) saisit le ministre de l’Intérieur (21/03) (lien)
Tv5 Monde Comment la langue française s'enrichit d'expressions africaines (21/03) (lien)
Journal de Montréal Fr. Legault partage ses expressions québécoises préférées (20/03) (lien)


20 mars, Journée mondiale de la langue française
et de la Francophonie

Communiqué commun des associations
de défense de la langue française

"Langue de la République" aux termes de la Constitution, premier service public de France et socle de la Francophonie mondiale, la langue française est menacée par l'offensive débridée des adeptes du tout-anglais.

Ceux-ci ne se contentent plus, illégalement, de basculer au tout-anglais la communication interne de grandes firmes comme Renault ou PSA, d'exiger un diplôme d'anglais de tout étudiant s'inscrivant en licence (décret Vidal) et d'imposer un nombre croissant d'appellations anglicisantes pour désigner et "vendre" des territoires de la République ("In Annecy Mountains", "Only Lyon", "Loire Valley"...) : la Commission européenne prétend désormais, en plein Brexit, faire de l'anglais l'unique langue de travail des institutions européennes avec tous les dangers que ce basculement jamais débattu vers la langue unique ferait peser sur les langues d'Europe.

Dans ces conditions, le Haut Conseil International de la Langue française et de la Francophonie, que soutiennent les associations signataires de ce communiqué, a décidé de déposer un recours contre la Commission de Bruxelles et contre le Parquet européen auprès de la Cour européenne de justice pour violation des traités européens et pour négation d'une Europe respectueuse de la diversité linguistique, culturelle et politique ; et nombre d'entre nous envisagent de mettre en cause publiquement l’incurie linguistique de la plupart de nos dirigeants. La langue française étant le principal outil de travail des journalistes, les associations de défense signataires du présent communiqué se tournent vers eux à nouveau pour leur demander de favoriser un large débat démocratique sur la politique linguistique de la France.

Dans la perspective des échéances de 2022, nos associations s'uniront pour mettre les candidats à la présidentielle et aux législatives devant leurs responsabilités : oui ou non s'engageront-ils pour la défense du français, dont la destruction est une dimension centrale, quoiqu'inaperçue et occultée, de la crise grave que subit notre pays.

Signatures

Albert Salon, ancien ambassadeur, président d’honneur d’Avenir de la Langue française (ALF), président du FFI-France, et Secrétaire général du Haut Conseil de la Langue française et de la Francophonie (HCILFF)
Georges Gastaud, philosophe, président exécutif de CO.U.R.R.I.E.L. (COllectif Unitaire Républicain pour la Résistance, l'Initiative et l'Emancipation Linguistiques)
Catherine Distinguin, présidente d'Avenir de la Langue Française (ALF)
Ilyes Zouari, président du Centre d'Études et de Recherches sur le Monde Francophone
Thierry Saladin, secrétaire général de l'A.FR.AV. (Association Fraterniphonie Avenir)
Philippe Reynaud, président de Défense de la Langue Française (DL.)/Pays de Savoie, ainsi que M. Lucien Berthet, DLF-Pays de Savoie.

S'associent à cet appel

Philippe Carronprésident du Collectif Langue Française de Suisse Romande ;
Serge Dubief, Entente Île de France/Québec ;


Quand Karima Delly piétine la langue française

On a parlé récemment de Karima Delly qui a réussi à fédérer la gauche dans la région dite des Hauts-de-France, sur son nom. Nous la félicitons pour ce succès, inespéré pour son camp. Pourtant cette députée européenne écologiste, présidente de la commission des transports et du tourisme du parlement européen a montré, dans ce cadre, son vrai visage.
 

Cette présidente française de commission a intimé à une autre députée française, Julie Lechancheux, de s'exprimer à l'anglais ! Cette dernière a d'ailleurs fortement justement résisté :" Je défends les Français, alors je parle en français !". Quelle en soit félicitée !
 

Karima Delly est une grande défenseuse de la diversité animale et végétale. Mais cette diversité pour elle semble plus importante pour les animaux et les végétaux que pour les humains. La diversité culturelle et linguistique, elle s'en contre-fiche. Elle semble au contraire, favorable à l'uniformisation des cultures et au remplacement général de toutes les langues par la langue des multinationales, étonnant pour une tête de liste de gauche...


/nouvelles/presse.gifLangue française : Nouvelles de mars 2021 (2) - le 13/03/2021 - 20:00 par MAR

Langue française : Nouvelles de mars 2021 (2)

Agora francophone Le dictionnaire de tous les Francophones (lien)
Le Figaro B. Cerquiglini Le français est un exemple réussi d’unité et de diversité (16/03) (lien)
Le Figaro La francophonie gagne-t-elle du terrain dans le monde ? (16/03) (lien)
ActuaLitté Vous ne suivrez plus une "master class", mais une "classe de maître" (16/03) (lien)
Le Figaro Ces perles administratives qui donnent la migraine (12/03) (lien)


nouvelles2021/guerre-au-francais.jpgLa guerre au français de Marie-Hélène Verdier - le 13/03/2021 - 19:50 par Albert_Salon

"La guerre au français" de Marie-Hélène Verdier

mars 2021

Le titre du livre est explicite. Nous sommes en guerre : linguistique, culturelle, politique. L’ennemi, on le connaît : un courant de déconstruction, né chez nous dans les années 70, renforcé aux États-Unis ("alliés et ennemis de toujours" disait François Mitterrand) depuis une vingtaine d’années, auquel se joint un Canada multiculturel fluid gender, avec l’aide, partout "des collabos de la pub et du fric" (Michel Serres), sans oublier la contribution active de nos institutions européennes. En témoigne l’écriture inclusive, championne d’exclusion, au nom d’un égalitarisme révolutionnaire, qui fait rage actuellement, comme le montre brillamment Marie-Hélène Verdier dans les pages qu’elle consacre à ce fléau.

Elle nous rappelle quelques évidences. Née du latin, la langue française est intimement liée à notre histoire, et s’est développée avec l’écrit. Son acte de naissance est le Serment de Strasbourg (842). L’Ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) est toujours en vigueur. Une langue n’est donc pas un lieu de combat idéologique. De ces dates gravées dans la chair de France, découlent des conséquences : d’abord, l’orthographe française n’est pas phonétique mais étymologique ; la Nouvelle orthographe (N.O.) venue du Canada, ne saurait faire loi : elle est une tolérance. Deuxièmement, le genre grammatical n’est pas le sexe, et le masculin "n’exclut" pas le féminin : il a une valeur extensive. Troisièmement, la suppression du circonflexe et l’ajout d’un appendice e aux mots pour les féminiser est un ovni linguistique. La lettre e, en effet, n’est aucunement un suffixe féminin comme en témoigne notre lexique. Une femme "médecin" n’est donc pas "votre médecine."

Contre ce rouleau compresseur du progressisme, nos associations et le Haut Conseil international de la Langue française et de la Francophonie ont lancé une campagne médiatique et politique afin que notre Président s’oppose à l’imposition illégale et illégitime — post Brexit ! - de l’anglais comme langue commune, à la Commission et au Parquet européens. Certes, business is business, mais faudrait-il oublier que, si la langue française a eu pour vocation d’être la langue diplomatique, c’était pour des raisons sérieuses et pérennes : clarté dans l’expression des idées, précision et concision, langue de culture qui a forgé l’Europe ? Sont donc entrés dans ce combat pour notre langue deux preux valeureux Marie-Hélène Verdier — non "preuse", n’en déplaise à certaines féministes ultra – et Alain Borer, auteur du beau livre "De quel amour blessée…" qu’aime citer l’auteur de la Guerre au français. Ces compagnons d’armes, poètes aventuriers familiers de Rimbaud, ont pour seule épée leur amour de la langue, et sa connaissance. Férus de grec et de latin, ils ne sont ni des Trissotin ni des précieux mais des guerriers de la beauté, de l’intelligence, de la culture. Enracinée, pour sa part, en terre d’oc et en terre d’oïl — Provence, Auvergne, Ile-de-France — Marie-Hélène Verdier ferraille dans ce livre avec allégresse et constance. À fleuret pas toujours moucheté, elle cible les ennemis de la langue dans un style vif, volontiers elliptique, usant de l’ironie, désabusée parfois, il est vrai, devant l’inaction de certains, tout comme elle n’hésite jamais à monter au créneau dans les journaux en ligne pour sonner l’alarme, inlassablement, avant qu’il ne soit trop tard. À ma recension, elle a souhaité ajouter que, comme Aragon dans Les yeux d’Elsa, dont elle cite l’admirable texte "La leçon de Ribeirac", elle sait que le moment est venu d’"entrer en résistance.". Elle sait aussi que si notre langue est, par construction, ouverte à l’autre, elle n’est pas la langue "archipélique du Tout Monde" comme en témoigne "son" François Cheng, longtemps son voisin sur la Montagne Sainte Geneviève.

En exergue à son essai, l’auteur a mis l’alexandrin célèbre de Du Bellay qui participa à la Défense de la langue française : "France, mère des arts, des armes et des lois". Son livre est un appel vibrant à la responsabilité de nous tous, des politiques, en premier. La langue française, inscrite dans l’article 2 de la Constitution, garantit, en effet, l’unité du pays. Quand prendra-t-on conscience en haut lieu que notre langue, faite pour rayonner à l’étranger, se doit d’être forte à l’intérieur. Or, on ne la maîtrise plus à l’école : l’unité de notre pays est donc en jeu. Oui, foin de la déploration, de l’indifférence, du mépris ; en guerre, l’heure est à l’action !

Albert Salon


/nouvelles/presse.gifLangue française : Nouvelles de mars 2021 - le 12/03/2021 - 09:07 par MAR

Langue française : Nouvelles de mars 2021

Nadia et Gérard Antonin Les liens linguistiques et culturels entre la France et l’Arménie  (lien)
France Inter Bon, c'est officiel : en français, on dit bien numérique et pas digital (9/03) (lien)
La Montagne N'en fait-on pas un peu trop avec l'écriture inclusive ? (7/03) (lien)
RTL Majuscules : halte à la surenchère (7/03) (lien)
Marianne Féminisation et écriture inclusive : l’État a-t-il son mot à dire ? (1/03) (lien)
Sputnik Valérie Pécresse supprime l’écriture inclusive de la région Île-de-France (1/03) (lien)


Langue française : Nouvelles de février 2021 (4)

Acteurs publics Textes officiels : le débat sur l’écriture inclusive est relancé (25/02) (lien)
L'Humanité Fr Combes et P Latour La mode, ça va dater (18/02) (lien)
20 minutes Des députés veulent interdire l'écriture inclusive dans les documents administratifs (17/02) (lien)
Le Point "Illisible et discriminante" : bientôt une loi contre l’écriture inclusive ? (16/02) (lien)
Yves Montenay Vous pouvez le dire en français ! (01/02) (lien)


Nouvelle lettre au Président de la République

à Monsieur le Président de la République

Palais de l’Élysée, rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris

Monsieur le Président

Le 14 septembre 2020, la section France du Haut Conseil international de la Langue française et de la Francophonie (HCILFF) vous adressa une lettre ouverte collective signée personnellement par 95 de ses 100 membres d’alors. Elle vous saisit à nouveau : la liste actualisée des personnalités membres est jointe.

Le Haut Conseil, créé le 18 juin 2020, est représentatif à la fois des activités de la France et de la diversité de ses familles spirituelles et politiques.

Le Haut Conseil vous priait, dans sa lettre à nouveau jointe, d’user tant de vos pouvoirs constitutionnels que de votre poids politique au sein de l’Union, pour mettre fin à une pratique illégale et illégitime de la Commission européenne (à laquelle vient de se joindre le Parquet européen). Cette pratique consiste, depuis la confirmation du Brexit au début de 2020, à imposer à marche forcée l’anglo-américain comme "langue commune" des institutions de l’Union.

Vous connaissez bien le grave danger que cette manœuvre représente pour la langue française en premier lieu, pour les autres langues du continent, et pour la nature même de l’Europe qui est diversité linguistique, culturelle, et politique. Vous êtes, en Europe, le chef d’État le mieux placé pour amener le Conseil européen à aborder ce sujet brûlant, à décider la fin de la pratique évoquée, et à ajuster aux réalités politiques post-Brexit le statut des langues de travail de l’UE.

Le Haut Conseil vous prie donc à nouveau, par les documents joints : pétition publique avec ses premiers signataires, et communiqué de presse annonçant un recours de plusieurs associations en Cour de Justice de l’UE, de prendre l’initiative suggérée, sans attendre la prochaine présidence française de l’Union.

Veuillez, Monsieur le Président, recevoir l’expression de la très haute considération des personnalités membres du Haut Conseil, 102signataires.

Pour transmission : Albert Salon, secrétaire général du HCILFF.
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Albert Salon, docteur d'État ès lettres (Sorbonne 1981, sur "l’Action culturelle de la France dans le monde"), ancien instituteur rural (de classe unique, en 1954/55), conseiller culturel et chef de mission de coopération, directeur au ministère de la Coopération, puis ambassadeur de la France ; commandeur du Mérite national, officier du Mérite béninois, chevalier de la Légion d’Honneur, des Palmes académiques, et des Arts et Lettres, ainsi que du Mérite allemand (Bundesverdienstkreuz am Band) ; président d’honneur d'Avenir de la langue française (ALF), président du Forum francophone international (FFI-France, qui a lancé en octobre 2001 le projet Villers-Cotterêts adopté en 2017 par l’Élysée), co-fondateur le 18 juin 2020 du Haut Conseil international de la Langue française et de la Francophonie, médaille Senghor de la Francophonie reçue en 2014 de M. Abdou Diouf, au siège de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), médaille d’or 2016 de la Société d’Encouragement au Progrès (SEP), reçue à l’École militaire. Directeur d’une émission régulière "le français en partage" dans une radio patriote indépendante". Ouvrages : "Colas colo, Colas colère", éd. l’Harmattan, 2008 ; "Une volonté française", préface de Claude Hagège, éd. Glyphe, 2012), et alii


Langue française : Nouvelles de février 2021 (2)

L'Humanité Fr Combes et P Latour Quand on se paie notre "french" fiole ! (11/02) (lien)
La Gazette des communes Peut-on rebaptiser un aéroport en utilisant une terminologie de langue anglaise ? (10/02) (lien)
Info du jour Lorraine : Comment doit s’appeler l’aéroport régional ? (9/02) (lien)
Sud-Ouest Périgueux : un texte en écriture inclusive attaqué devant la justice (10/02) (lien)
CERMF La population du monde francophone atteint 524 millions d’habitants (lien)


nouvelles2021/franglais.jpgLe français tel qu'on le parle - le 10/02/2021 - 12:05 par Daniel_Ancelet

Le français tel qu'on le parle !

selon Daniel Ancelet, poète membre d’ALF et du Haut Conseil international 
de la Langue française et de la Francophonie (HCILFF)


Ne pouvant plus suivre les conversations de mes contemporains, ne supportant plus de me faire considérer par eux comme un vieux con, sinon comme un incurable gâteux, j'ai décidé de me mettre au français vernaculaire.


Après quelques semaines d'apprentissage je me permets de livrer à votre appréciation la rédaction dont le sujet imposé était "la journée d'un senior"
Après un breakfast léger pris dans ma kitchenette, une douche écossaise vivifiante, un rasage précis apaisé par un after-chèvre bienfaisant, j'enfile un training sur un tee-shirt sportswear et une paire de sneakers confortables (pour rester in, c’est le must selon "Paris Fashion Week"). Après avoir fixé et réglé mon cardio, je quitte mon loft pour mon footing quotidien (à mon âge il n'est plus question de running, encore moins d’interval training).


Depuis l'intrusion du Covid, je m'efforce d'éviter les clusters potentiels des rues marchandes, privilégiant les marinas désertées dans lesquelles les cabin-cruisers et autres outboards attendent des jours meilleurs. Je passe devant le swimming-pool du "Lido" désespérément fermé. Son tea-room n'ouvrira pas avant longtemps.


Je repique vers le mail où, entre "Le Steak House" et "Le Barber Shop", seule la boutique du buraliste reste ouverte. Je m'y approvisionne en différents titres mainstream. Ils sont là noyés au milieu de tabloïds nous livrant les derniers scoops concernant la Jet Set et les Peoples et les revues pectorales de body-building et les manuels assouplissants de fitness.


Je regagne mon domicile, consulte mon smartphone, allume mon poste de télévision pour découvrir les last news et voir les talk-shows et leurs vieilles pies qui font le buzz. Aujourd'hui le Trump-bashing coule à flots. En feuilletant "Le Figaro" j’apprends que Di Pascale parmi les must wanted d’Europol vient d’être interpellé en Espagne.


J'avale un cheese-burger et un smoothie avant de me vautrer sur mon cosy-corner pour visionner en streaming le dernier road-movie made America classé au hit-parade de Boborama, le magazine underground.
Il est l’heure de me brancher sur le net pour consulter mes mails et virer les tonnes de spams déversés.


Je me livre ensuite à mon hobby préféré : la chasse aux fake-news. À peine débarquée à Washington The First Lady aurait exigé d’aménager the Oval office en body-center et d’engager comme coach Woody Allen. Ce qui est faux puisque ce dernier a déjà été drafté par Arnold Schwarzenegger victime d’un break-down austro-hongrois (le plus vicieux).


Par ces temps difficiles je dois limiter mon shopping au Fast market le plus proche pour récupérer en click and collect le "J.P. bag" qui m’attend (cranberry sauce, tomato ketchup, pancakes, ribs sauce barbecue, chicken wraps, vegetable juice, jésus de Lyon, tripoux du Cantal, andouille de Guéméné, rocamadour et une bouteille de Saint-Amour… faut pas exagérer, non). J’attendrai toutefois le prochain Black Friday pour changer de freezer, l’actuel étant has been.

De retour dans mon sweet home et avant de m’abandonner à un cocooning réparateur devant le programme en prime time de Breizh TV, il est grand temps d’imaginer le kit de mon prochain script pour Philippe R., le Boss, un censeur impitoyable à l’affût de la moindre impropriété de langage, du solécisme le plus discret, de la faute d’accord la moins imparfaite du subjonctif, du barbarisme ultramarin le plus sournois. Il pourrait être le fils spirituel de Malherbe, de Rivarol et de Joey Starr quant à la défense de la langue française, ce n’est pas peu dire…


Je me demande même si je vais oser lui envoyer cette chronique…. Relaxe Max, tomorrow morning il fera jour.
I’m singing in the rain but with my trench coat waterproof je m’en tamponne le coquillard with American eagle feather.
 

US go home !

Daniel Ancelet


Langue française : Nouvelles de février 2021 (2)

Décideurs François Jolivet (LREM) Il faut agir contre l’écriture inclusive à l’école (03/02) (lien)
Le Figaro Comment l’écriture inclusive prend le pouvoir à l’université (04/02) (lien)
Europe 1 La déclaration d'amour de Leïla Slimani au français, "une langue extraordinaire" (05/02) (lien)
Fr. Culture Le "franglais" incoercible ? (Concordance des temps avec B. Cerquiglinisuite)(lien)


4 février 2021

Dépôt de plainte en Cour de Justice de l’Union européenne par des associations pour le français

Dans l’esprit du Haut Conseil international de la Langue française et de la Francophonie (HCILFF), réseau informel qui ne peut ester en justice, Avenir de la Langue française (ALF), et plusieurs autres associations déclarées de France et du dehors qui portent le HCILFF, annoncent leur dépôt prochain en Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE), d’une plainte contre l’usage illégal et illégitime de l’anglais comme "langue commune" de fait du Parquet européen et de la Commission européenne présidée par Mme Ursula von der Leyen.

Usage massif, alors que le Royaume-Uni vient de quitter l’Union Européenne (UE), pour tenter d’imposer un fait accompli, voulu pérenne.

Usage illégal, car le règlement européen n°1 de 1958 modifié, en vigueur, portant statut des langues officielles des institutions de l’UE, instaure au moins trois langues de travail, et non une seule de fait.
Usage illégitime, car l’anglais langue maternelle passe de 16% chez les 28, à quelque 1% chez les 27. Plus important : il va contre la nature même de l’Union, faite de diversité, et non d’un agrégat de vassaux de l’empire à unir par l’anglo-américain.

Dans l’attente du "non" ferme de la France, à prononcer par son Président, sollicité par notre lettre ouverte collective du 14 septembre 2020, le Haut Conseil international de la Langue française et de la Francophonie (HCILFF) fait appel à toutes les forces vives de la France et de la Francophonie pour retrouver au plus tôt un statut des langues officielles et de travail de l’Union conforme au droit et à la nature d’icelle.

pour le Haut Conseil : Albert Salon, ancien ambassadeur, président d’honneur d’ALF

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Liste des membres de la section française du Haut Conseil international de la Langue française
et de la Francophonie 
Liste des membres mise à jour


/nouvelles/presse.gifLangue française : Nouvelles de février 2021 - le 03/02/2021 - 16:25 par MAR

Langue française : Nouvelles de février 2021

Le Figaro Brexit : pourquoi l’Union européenne ne parlerait-elle pas français ? (01/02) (lien) et à lire ci-dessous
La Dépêche Eurovision : 5 choses à savoir sur Barbara Pravi, représentant la France (lien)
L'Express M. Feltin-Palas Il n'y a pas un, mais plusieurs français (02/02) (lien)
Fr. Culture Le "franglais" : incoercible ? (Concordance des temps avec Bernard Cerquiglini) (lien)
France Info Covid-19 : vaccinodrome, déconfinement, cluster... Ces nouveaux mots qui sont entrés dans notre vocabulaire (30/01) (lien)

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Brexit : pourquoi l’Union européenne ne parlerait-elle pas français ?

Le Royaume-Uni est officiellement sorti de l’Union européenne. Le français pourrait-il remplacer l’anglais dans les institutions ?
par Alice Develey - Le Figaro - 01/02/2021

Quel intérêt aurions-nous à conserver l’anglais comme l’une des langues officielles tandis que l’Angleterre est sortie de l’UE ?
Un mois après la mise en application du Brexit, la langue de Boris Johnson est encore et toujours officielle au sein des instances européennes. Shocking ! D’autant que l’anglais reste seulement la langue officielle de deux États membres, l’Irlande et Malte, et qu’il ne correspond plus qu’à la langue maternelle d’une minorité, ce qui représente 1,2 % de la population en Europe (contre 13 % avant le départ des Britanniques), selon Le Point. Un chiffre bien en deçà du français (~15 %) qui demeure l’une des deux autres langues de travail au sein des institutions.
C’est un fait, aujourd’hui l’Europe est moins anglophone que francophone. Au sein des pays membres de l’Union, le français est parlé par 118,8 millions de personnes, selon les données de l’Observatoire de la langue française. Sans compter que le français est la deuxième langue la plus apprise dans le 1er cycle du secondaire en Europe, elle demeure la troisième langue des affaires, la quatrième sur internet par le nombre d’utilisateurs et la cinquième langue la plus parlée dans le monde. Alors, quel intérêt aurions-nous à conserver l’anglais comme l’une des langues officielles tandis que le Royaume-Uni est sorti de l’UE ?


"La démarche qui est faite vers l’anglais est utilitaire. Cela peut donc donner un anglais diminué par rapport à la bonne syntaxe des natives" Christian Lequesne, professeur de science politique à Sciences Po
"Il faut d’abord se rappeler que l’anglais n’est pas seulement la langue des Britanniques, indique Christian Lequesne, professeur de science politique à Sciences Po. De nombreux échanges se font donc dans l’Union en anglais sans eux. C’est une langue internationale, de travail et qui est apprise en priorité comme langue étrangère dans de nombreux pays du monde, y compris ceux de l’Union européenne. " En comparaison, "si le français est une langue qui continue à être apprise, elle n’est plus maîtrisée comme langue de travail de la même manière que l’anglais, ajoute le politologue. Dans la génération des plus de 60 ans en Europe du Sud, il était commun d’apprendre le français en tant que première langue. Or, le monde a changé."
On le comprend, faire le choix de l’anglais, ce serait opter pour la langue de tout le monde. "L’intérêt de la langue anglaise c’est qu’elle permet une compréhension de tous, explique Bruno Fuchs, député du Haut-Rhin. Lorsque vous la parlez, vous êtes sur un pied d’égalité et donc, c’est un facteur de lien." Au sein d’une Union où 24 langues sont officielles, c’est-à-dire que la législation et les actes juridiques doivent être traduits dans celles-ci, il faut avouer que c’est utile. D’où les trois langues de travail... Mais au sein d’une Union où 22 États membres ne sont pas anglophones, quid de la qualité de cet anglais ?

Des anglophones favorisés
"Beaucoup de non-anglophones de naissance parlent un anglais moyen mais suffisant pour travailler, remarque Christian Lequesne. La démarche qui est faite vers l’anglais est utilitaire. Cela peut donc donner un anglais diminué par rapport à la bonne syntaxe des natives." Bruno Fuchs va plus loin : "Cet anglais est un globish qui entraîne un appauvrissement de la pensée et donc, de la capacité à dialoguer."
L’idée d’un anglais qui serait plus simple ou plus efficace est pourtant un mythe, relève avec pertinence Jean Pruvost, professeur d’université émérite et auteur de La story de la langue française (Tallandier). "Très souvent le mot anglais est moins précis que le mot français, parce qu’il s’agit d’un mot générique, de sens très large susceptible de bien des interprétations. Quant à l’argument consistant à dire que l’anglais est effectivement plus court en nombre de signes pour le même message, c’est presque toujours au détriment de la précision. Est-on gagnant ?"  Sûrement pas. Bruno Fuchs l’a constaté : "Cela a favorisé les Anglais dans l’Europe qui ont pu positionner à des endroits stratégiques des anglophones. On s’est aperçu que le service des recrutements était piloté par un Anglais. Or, tous les tests étaient faits sur des bases anglophones. Cela a dénaturé les schémas d’entrée et de recrutement."

"Il y a un certain plaisir ludique d’ancien élève à dire quelques mots en anglais et une forme de naïveté puérile à penser être à la mode en égrenant des mots anglais dans son français " Jean Pruvost, lexicographe
Pourquoi donc l’Europe ne se remettrait-elle pas à parler français ? D’abord, parce que ce sont les Français eux-mêmes ont qui abandonné leur langue, avance Bruno Fuchs. "Comme les dirigeants à Bruxelles ont choisi de parler anglais pour montrer qu’ils faisaient partie d’une élite, les Français ont suivi le mouvement afin de prouver qu’ils étaient de bons européens." Ensuite, même si l’anglais parlé est moyen et "s’il y a un certain plaisir ludique d’ancien élève à dire quelques mots dans une langue étrangère, ici l’anglais, il y dans le même temps une forme de naïveté puérile à penser être à la mode en égrenant des mots anglais dans son français. Une mode ridicule aux yeux d’une immense majorité. S’ils savaient ce que pensent les personnes ainsi bombardées de mots anglais, ils prendraient conscience qu’un français précis et élégant serait plus efficace", analyse Jean Pruvost.
Enfin, pour des raisons très pratiques, l’Union européenne ne souhaite pas changer ses règles ainsi qu’elle l’expliquait déjà en anglais (ou gaélique mais pas en français) il y a cinq ans après le référendum sur le Brexit. S’il fallait un signe de plus pour prouver la détermination des instances à ne rien changer de leur politique linguistique, le nouveau parquet européen chargé de la lutte contre les atteintes aux intérêts financiers de l’Union européenne, note Libération, a "décidé de travailler uniquement en anglais".

En théorie et en pratique
En vérité, le problème n’est pas tant l’usage de l’anglais que son hégémonie et les contradictions qu’elle met en lumière. À l’article 3.3 du Traité sur l’Union européenne (TUE), il est précisé que l’Union "respecte la richesse de sa diversité culturelle et linguistique, et veille à la sauvegarde et au développement du patrimoine culturel européen". De la même façon, on lit à l’article 22 de la Charte des droits fondamentaux que "l’Union respecte la diversité culturelle, religieuse et linguistique". Or, si en théorie l’anglais figure comme le français et l’allemand parmi les trois langues de travail, dans les faits, elle est prédominante. "Tout est écrit dans les textes mais nous avons abandonné le respect des engagements que nous avons pris", déplore Bruno Fuchs.
Dans son rapport de la mission parlementaire, 31 recommandations pour promouvoir le français et le multilinguisme dans les institutions européennes, daté de 2019, co-écrit avec Sorin Cimpeanu, député roumain et Hamza Fassi-Fihri, député belge, Bruno Fuchs dénonce le "mythe" des langues de travail. "Dans certaines réunions, malgré la présence de nombreux francophones, on passe très vite, trop vite, à l’anglais pour une seule personne qui ne comprend pas", peut-on lire. Christian Lequesne opine : "Le problème se situe dans ce qui fait le quotidien d’une institution. Prenez les réunions de travail au sein de la Commission européenne. Quand un Danois, un Estonien et un Belge flamand essaient de travailler une proposition sans traduction, ils s’expriment en anglais. Ce n’est pas pour rien que l’anglais est la langue principale de production des documents originaux au sein des institutions européennes. Un certain nombre de fonctionnaires européens ne maîtrisent pas la langue française."

"Il y a une grande partie des textes qui ne sont plus traduits et quand ils le sont, ils sont traduits trop tard " Bruno Fuchs, député
D’après des chiffres de la direction générale de la traduction de la Commission européenne, que l’on retrouve dans le rapport de Bruno Fuchs, Sorin Cimpeanu et Hamza Fassi-Fihri, "en 1970, 60 % des documents pour lesquels une traduction était demandée étaient originellement rédigés en français et 40 % en allemand. En 2017, le français est passé à 2,58 %, l’allemand à 2,02 %, l’anglais à 84,38 % ". Même si "à la Cour de justice, le français est toujours resté la langue de procédure " nuance Christian Lequesne, il est bien loin ce temps où Umberto Eco pouvait s’écrier : "La langue de l’Europe, c’est la traduction."
Selon certaines estimations, lit-on plus loin dans le rapport, "70 % des textes produits ne font jamais l’objet d’une traduction. Aujourd’hui tous s’accordent pour reconnaître que la langue de travail de la Commission est l’anglais, de même que la langue des communications internes de toutes les institutions pour des raisons de facilité, d’homogénéité." Ce qui est problématique pour une question évidente de compréhension mais aussi de budget. Une étude réalisée par deux professeurs d’économie, publiée dans Regards Économiques, révèle que le coût de l’anglais pèse près d’un tiers du budget "langues" de l’Union européenne, soit 290 millions d’euros. "Le Brexit a sans doute comme conséquence que les autres pays de l’UE devront ‘prendre en charge’ le coût des traductions et interprétations de et vers l’anglais", expliquent les deux chercheurs, comme l’écrit L’Écho.
Le problème de la traduction se lit aussi sur les sites internet des institutions européennes ainsi que les députés qui dénoncent "une discrimination massive à l’égard des autres langues que l’anglais". Il suffit en effet de se balader sur le site de la Commission pour le constater. En deux clics seulement, les contenus proposés apparaissent déjà en anglais. Idem sur le site du Parlement et de la Banque centrale européenne. Sur le site de la Cour des comptes, la page principale mélange contenus anglophones et francophones, alors que la langue cible est censée être le français.
Pour inverser cette tendance, Bruno Fuchs souhaite fixer des quotas : "Réduire à 50 % dans les trois prochaines années puis 30 %, les textes en anglais. Il y a une grande partie des textes qui ne sont plus traduits et quand ils le sont, ils sont traduits trop tard. Cela en oblige certains à prendre des décisions dans un anglais qu’ils ne maîtrisent pas nécessairement. Tout se fait au préjudice de la démocratie et surtout, au préjudice de la proximité entre le citoyen et l’institution européenne."

"Le rapport d’Amin Maalouf dit qu’il faut être trilingue et c’est la promesse d’Emmanuel Macron : que chaque Français soit trilingue" Bruno Fuchs
Il ne s’agit pas pour autant de remplacer l’anglais par un hégémonisme français. "Imposer l’usage du français, cela devient une démarche politique, explique Christian Lequesne. Or pour rendre une langue attractive, il ne faut pas l’imposer. C’est tout le paradoxe ! Quand on a une position défensive ou directive à l’égard d’une langue, cela ne marche pas. " Que faire donc ? "Le vrai combat à mener se situe au niveau du multilinguisme. S’il est important de défendre le français, il est aussi important de dire qu’il faut continuer à apprendre l’allemand, l’italien, l’espagnol, le russe..."
En somme, pour défendre le français, il faut défendre le plurilinguisme. "À travers l’anglais, il y a une pensée unique, or, avec le multilinguisme, nous sommes dans une richesse de pensées, avec une vision du monde multipolaire. La francophonie, c’est le plurilinguisme", clame Bruno Fuchs. Et de préciser : "Le rapport d’Amin Maalouf dit qu’il faut être trilingue et c’est la promesse d’Emmanuel Macron : que chaque Français soit trilingue."
Jean Pruvost est aussi de son côté convaincu qu’il faut encourager le "plus d’une langue "prôné par Barbara Cassin, en sachant que "bien apprendre une autre langue c’est aussi maîtriser sa propre langue, en connaître les excellentes ressources. Les anglicismes sont souvent la marque d’une insuffisance dans la maîtrise de sa propre langue". Christian Lequesne conclut : "Il faut insister pour que tout fonctionnaire des institutions européennes maîtrise deux langues étrangères en plus de sa langue maternelle. Si l’on disait cela, on aurait de fortes chances d’améliorer la place du français. Mais pour cela, il faudrait que cette idée fonctionne déjà chez nous. Cela demande donc de réfléchir à notre propre apprentissage des langues étrangères en France."

Alice Develey


Langue française : Nouvelles de janvier 2021 (4)

Le Figaro 10 nouveaux mots pour parler de la santé (28/01) (lien)
ActuaLitté Un député LREM veut interdire l'enseignement de l'écriture inclusive (28/01) (lien)
Le Point La romancière Chantal Thomas élue à l'Académie française (27/01) (lien)
Le Figaro 10 mots de la cuisine francophone n’ayant pas le même sens en France (27/01) (lien)


Langue française : Nouvelles de janvier 2021 (3)

Journal de Montréal Protection du français: Montréal obtient sa certification (22/01) (lien)
La Langue française Correcteurs d’orthographe : comparatif complet (25/01) (lien)
L'Express Les mots français d’origine allemande (22/01) (lien)
Le Figaro Semaine de la langue française et de la francophonie, thème choisi : "l’air" (21/01) (lien)
Radio France Les auditeurs se révoltent contre l'abus d'anglicismes (lire ci-dessous)

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Cluster d’anglicismes

Lettres reçues par la médiatrice de Radio France (extraites de la Lettre de la médiatrice du 22 janvier 2021)


En ce début d’année, les messages évoquant le piteux niveau de langage sur les antennes de Radio France ne tarissent pas : "avalanche d’anglicismes, fautes de grammaire grossières, expressions infantiles, familiarité à la limite de la vulgarité" nous écrit un auditeur qui, en quelques mots, synthétise la teneur globale des nombreux messages que nous recevons.


Si des reproches sont fondés, il convient cependant de nuancer. Les critiques ne concernent pas l’ensemble des journalistes, animateurs ou producteurs, cependant elles rejaillissent incontestablement sur l’ensemble des intervenants de Radio France : "La langue française est admirablement belle, il faut choyer cette beauté, ne pas la souiller, la dénaturer, l’enlaidir. C’est également une langue précise, à la grammaire bien établie. On n’abîme pas un trésor, on le sauvegarde. Or, loin d’être convaincus du soin qu’il convient d’apporter aux paroles qu’ils prononcent, la plupart de vos journalistes paraissent animés d’un souverain mépris pour la langue de Racine, de Voltaire, de Proust, de Valéry ou encore de Mauriac. Ce sont des écorcheurs d’oreilles."

En point d’orgue des plaintes, la prolifération d’anglicismes :
"Entendre au réveil, ce vendredi 22 janvier, que les “viewers” peuvent regarder les “gamers” en “live” et même en “replay” ! Whaouh ! “En termes de timing” (également entendu ce matin), il est à peine 7h30 et j’ai déjà les oreilles qui saignent ! ! ! ! !"
"Ces anglicismes à répétition sont vraiment pénibles à entendre. Pour le journaliste, ce n'est bien sûr qu'un anglicisme en 5 minutes de commentaires, mais pour l'auditeur, c'est un anglicisme toutes les 5 minutes !"


"Je suis scandalisée par tous ces mots, termes anglais utilisés sur votre antenne de service public. Je pense que c'est par paresse car l'anglais est plus court. Ce qu'il faudrait c'est que TOUS les journalistes, animateurs parlent français et reprennent ceux de leurs invités qui par habitude, utilisent l'anglais pour communiquer, et immédiatement traduisent en français. Nous sommes des millions à vous écouter. Pensez-y, moins d'entre soi serait tellement mieux."
"Les bloquebeustères sont en strimingue, qu'est-ce à dire ?"
"Je remarque que très très souvent des mots anglais sont utilisés lors de débats ou autres émissions, je n'ai rien contre la langue anglaise mais je ne la connais pas, et c'est très gênant de ne pas comprendre l'intégralité de ce qui est dit. Serait-il possible de faire une traduction simultanée des mots étrangers employés ?"
"Des gens parlent entre eux de notre (auditeurs-lecteur-péquin moyen) incompréhension des faits de l'actualité. Moi auditeur, je ne comprends pas de quoi ils parlent quand ils disent “fastechèquingue”"
"Je trouve affligeant que les médias en soient réduits à utiliser des mots "qui claquent" pour parler de choses que l'on connaît depuis toujours, souvent dans le seul but de capter l'attention du public. Était-il vraiment indispensable d'introduire le mot "burn out" alors que les mots "épuisement au travail", ou "dépression au travail", disaient très bien ce qu'ils voulaient dire ?"


"Merci à Sonia Devillers d'avoir repris son invitée sur tous les anglicismes qu'elle prononçait à tout bout d'interview. C'est lassant quand on est retraitée et que bien connaissant l'anglais on ne comprend pas les significations de ces mots utilisés dans le milieu professionnel."
"J'ai écouté votre invité politique, à qui on pose la question du "benchmark". D'évidence, j'attends une explication sur ce terme et rien. Certes, vous avez une fonction d'information, de réflexion, d'éveil du sens critique, mais vous ne savez pas qui vous écoute, et l'important c'est que vous ne restiez pas dans "l'entre soi", l'important c'est que même si on n'a pas la même culture langagière que vous, on ait envie de continuer à vous écouter. Risquer poliment une explication ne me choquerait pas, ce mot ou cette notion reste encore une énigme pour moi."


L’usage pesant et continuel d’anglicismes sur les antennes est un fait objectif. Des professionnels de la radio rétorquent que, devant un micro, il faut parler comme tout le monde, d’autres, plus sensibles à la correction de l’expression, reconnaissent que les remarques des auditeurs leur permettent de prendre conscience de cet emploi immodéré de la langue anglaise.
Rappelons qu’en tant que média de service public, la valorisation et la préservation de la langue française est au cœur des missions de Radio France. Loin de valoriser celui ou celle qui l’emploie, un anglicisme traduit l’appauvrissement du patrimoine linguistique français. Pire, il peut être la manifestation d’une paresse de l’esprit, parfois d’un vide de la pensée. L’usage d’un anglicisme tente de faire passer pour une hypermodernité du discours un propos prétentieux et, en creux, une forme de snobisme.
Cette prolifération d’anglicismes a également été constatée rue de Valois, au cœur même du bureau de la ministre de la Culture. Une anecdote rapportée cette semaine par "Le Parisien aujourd’hui en France" nous apprend que Roselyne Bachelot, très sensible à la cause de la francophonie, a posé une tirelire sur la table de la salle de réunion de son cabinet : "Et le tarif, c'est un euro à chaque mot anglais utilisé !" lit-on dans l’article. "Les membres de son équipe contribuent régulièrement mais la ministre elle-même s'est retrouvée mise à l'amende récemment (…) en utilisant les expressions "bottom up et top down". Elle s'est immédiatement acquittée d'une pénalité de 4 euros (4 mots anglais, c'est 4 euros)."


Lundi, un anglicisme ponctuel a connu une belle vitalité sur les antennes : le "Blue Monday".
 

Le "Blue Monday" est le troisième lundi du mois de janvier, jour supposé le plus déprimant de l’année. Il s’agit surtout d’un concept marketing fumeux créé il y a un peu plus de quinze ans à l’occasion de la campagne publicitaire de l’agence de voyages Sky Travel.
Une opération commerciale initialement présentée comme une prétendue étude scientifique avec des calculs absurdes basés sur "les conditions météorologiques, notre niveau d'endettement, le temps écoulé depuis Noël, le temps passé depuis l'échec de nos résolutions du nouvel an" pour déterminer le jour le plus déprimant de l’année.
Ainsi posée, l’équation permet de déterminer que le troisième lundi de janvier est jour “le plus cafardeux de l’année”. Une bien jolie démonstration ! Et, pris au pied de la lettre, ce concept revête tous les atours d’une farce, guère apprécié par certains auditeurs :
"Et c'est reparti pour le Blue Monday ! Qu'est-ce que c'est que cette façon de nous imposer un concept anglosaxon dont nous n'avons que faire ! L'époque n'est pas assez anxiogène ? Qu'est-ce que cela nous apporte d'en remettre une couche ?
Aujourd'hui temps splendide sur les Alpes sous la neige, pour une fois j'oublie le gris, le froid, la pluie et le Covid alors, pitié, n'en rajoutez pas…"


nouvelles2021/quebec-a-grands-traits.jpgLe Québec à grands traits de Bernard Émont - le 25/01/2021 - 12:27 par albert-salon

Le Québec à grands traits

Regard panoramique sur la civilisation québécoise
de Bernard Émont

L’Harmattan vient de publier un livre très important, dans lequel Bernard Émont, président de Paris-Québec, universitaire, directeur du Centre d’études du Québec et de la Francophonie d’Amérique du Nord (CEQFAN), membre d’ALF ; ainsi que du Haut Conseil international de la Langue française (HCILFF) comme plusieurs des participants à cet ouvrage collectif, présente aux Français et au monde le Québec dans son histoire passionnante et trop négligée, de ses grands hommes et grandes femmes, mais d’abord de tout son peuple soudé à sa langue.

  

L’auteur et assembleur des contributions nous présente la lutte constante de ce rameau de France "race qui ne veut pas mourir" selon Louis Hémon et F-A Savard pour sa survie. D’abord dans une nature fort rude, parmi de "premières nations" avec lesquelles ce peuple de Canadiens français résilient, aventureux, bâtisseur et entreprenant, a dû lutter. Mais qui a réussi, par le commerce de ses coureurs des bois, "voyageurs", trappeurs, explorateurs (Jolliet, Duluth, La Vérendrye...récits passionnants !), à établir intense métissage et vraies alliances. Jusqu’à conclure dès 1701, sous un Vaudreuil, une "grande paix", évènement historique quasi miraculeux avec les tribus plus constamment hostiles. En quasi-symbiose avec beaucoup au point d’en voir, après la conquête anglaise de 1760, participer à ses révoltes ("Patriotes", Pontiac, Louis Riel) contre le colonisateur britannique. Ensuite, sous le vainqueur des Plaines d’Abraham, l’histoire de la résistance à l’assimilation à la Lord Durham, au "Speak white". Éclairée par les contributions sur la "revanche des berceaux", la "Révolution tranquille" de 1960, la sécularisation, l’Hydro-Québec, les Caisses coopératives Desjardins ; l’enthousiasme lors du voyage du Général en 1967 "payant la dette de Louis XV" et la coopération franco-québécoise ; le tremplin opportunément saisi de la Francophonie (CONFEMEN, puis ACCT et OIF) vers la reconnaissance internationale ; la construction de la Nation, les deux referendums perdus, la reconnaissance par Ottawa d’un "État du Québec dans un Canada uni"....

  

Une remarquable contribution d’Ilyès Zouari porte sur la démographie francophone au Canada et ses impitoyables horloges après la chute des naissances post-révolution-tranquille et les vagues d’immigrants plus proches des anglophones. D’où les incertitudes, les fluctuations politiques entre les options : assimilation dans le monde anglo-saxon nord-américain, autonomie, indépendance-association, ou indépendance avant qu’il ne soit trop tard...

  

Mais, en même temps, plusieurs contributions importantes nous présentent la remarquable expansion économique, industrielle, financière, culturelle, du Québec ces dernières années. Son Nord et son Arctique, longtemps mythes, qui deviennent, dans des Plans audacieux, une époustouflante réalité, depuis l’équipement de ses nombreux lacs et fleuves, la Baie James, ses "Manic" et "La Grande", les immenses ressources minières et en terres rares de ces nords, exploitées écologiquement en associant étroitement les tribus indiennes, et les Inuits.
Avec la contribution de Félix-Antoine Michaud (même prénom que l’auteur de "Menaud, maître draveur") qui tient compte de tous ces facteurs pour dépasser – sans la renier – l’indépendance-sauvegarde de "la race qui ne..." pour montrer que toutes les communautés du Québec pourraient voir enfin dans l’indépendance des lendemains qui chantent pour tous. Un ciel qui s’éclaircit. Un moment à saisir ensemble, sereinement en évidence, sans trop tarder...

  

Un exemple stimulant pour une France actuellement morose. Elle aussi a sa diversité, sa résilience, et ses grandes chances : grands espaces à mettre en valeur : ses régions et territoires d’outre-mer, avec ses 11,7 millions de km² de surface maritime, le deuxième du monde...

  

Merci à Bernard Émont et aux contributeurs de ces grands traits. Ils nous parlent d’une "France du Nord" résiliente. Mais aussi de nous, de la France, et du fait français dans le monde.
D’une grande espérance qui ne veut pas mourir.

  

Albert Salon


Langue française : Nouvelles de janvier 2021 (2)

Le Point Brexit : Et si l’Europe se remettait enfin à parler français (16/01) (lien) [et ci-dessous]
CEQFAN La population du monde francophone atteint 524 millions d’habitants (12/01) (lien)
Marianne Et si le français devenait la langue officielle de l'Union européenne ? (12/01) (lien)
Courrier international Il Foglio Vu d’Italie. Le français doit devenir la langue de l’Europe post-Brexit (9/01) (lien)
CEQFAN Ilyes Zouari La francophonie canadienne : réalités et perspectives (lien)

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Brexit - Et si l’Europe se remettait enfin à parler français

Lettre de Bruxelles. Face à la domination de l’anglais, le français se saisit du Brexit pour tenter de retrouver son lustre. La guerre des mots aura bien lieu.
par Emmanuel Berretta (publié le 16/01/2021 par Le Point)

À peine les Britanniques ont-ils refermé derrière eux la porte de l'Union européenne (pour revenir par la fenêtre) que le coq français relève la crête et remet en cause l'outrageuse domination de l'anglais au regard des 24 langues officielles de l'UE. Pourquoi l'UE devrait-elle continuer à baragouiner ce "globish", version très appauvrie de la langue de Shakespeare, alors que seuls deux États membres, l'Irlande et Malte, usent officiellement de l'anglais en plus du gaélique et du maltais ? Pourquoi continuer à penser dans la langue d'un pays tiers qui, après avoir insufflé beaucoup de sa culture anglo-saxonne aux institutions européennes, a décidé de s'en détourner ?

Le message de Clément Beaune, secrétaire d'État aux Affaires européennes, est plus subtil. Il invite les institutions à renouer avec l'esprit de diversité culturelle qui devrait les animer : le "multilinguisme". En somme, que chacun parle sa langue et que la traduction suive… La France présidera l'Union européenne au premier semestre 2022 et nul doute qu'Emmanuel Macron se voudra irréprochable dans ce domaine. Manœuvre habile, la francophonie va donc se parer des habits du multilinguisme pour faire reculer l'anglais et redonner de l'espace au français.


L'avantage d'un français plus précis juridiquement

Cependant, avec le départ des Britanniques, la tentation peut être plus grande encore de se rabattre sur l'anglais comme langue véhiculaire "puisqu'elle n'est la langue maternelle de personne et pour ne pas faire de jaloux entre les autres", souffle un diplomate bruxellois. "Son remplacement par une autre langue au travers d'un big bang linguistique semble peu probable, en particulier en temps de crise sanitaire où les modes de communication font face à de vraies contraintes, souligne, pour sa part, l'eurodéputée Renew Valérie Hayer. On l'expérimente au quotidien dans nos réunions de travail au Parlement." En effet, l'interprétariat dans les 24 langues au Parlement européen n'a pas toujours été exhaustif en raison du confinement… L'eurodéputé qui ne maîtrise pas un tant soit peu l'anglais est de facto mis sur la touche.
"Le français a des avantages : c'est une langue plus précise que l'anglais, observe l'eurodéputé RN Nicolas Bay, du groupe Démocratie et Identité, pour une fois d'accord avec l'Élysée. Lorsque l'on doit rédiger des textes juridiques, le français serait plus approprié que l'anglais, qui se prête à toutes sortes d'interprétations." Une analyse confirmée par bien des diplomates qui, pendant des années, en concédant à l'anglais la suprématie dans les négociations européennes, reconnaissent avoir cédé aux Britanniques un indéniable avantage concurrentiel. "Les Anglais avaient un truc génial, se souvient l'un d'eux. Quand, après des heures de palabres, on ne trouvait pas la bonne expression pour rédiger un compromis, au bout d'un moment, ils nous sortaient un mot inconnu de tous et dont eux seuls maîtrisaient la définition. Et, évidemment, le mot s'accordait avec leurs intérêts !"


L'anglais, deuxième langue écrasante auprès des apprenants

A minima, on pourrait revenir au droit, c'est-à-dire aux textes existants, qu'il s'agisse des traités ou des règlements intérieurs en vigueur au sein de chaque institution. Par la seule application du droit en vigueur, le français retrouverait beaucoup de son lustre d'antan. D'abord parce qu'il est une des trois langues de travail de la Commission qui produit un nombre considérable de documents (plus de 2 millions de pages) … en anglais à 80 %. Mais l'allemand dispose du même statut et y est encore plus maltraité. Le français, s'il a des raisons de se plaindre, a aussi des motifs de consolation : il conserve encore une belle place au sein de la Cour de justice de l'UE, où il est la langue des délibérés. Au Conseil, le français est une "langue d'usage".
Cependant, dans la réalité, notre cher idiome, promu dans l'Hexagone par François Ier et l'ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539 (*), a inexorablement reculé. Ne serait-ce que par l'enseignement… Même si l'anglais, avec le départ des Britanniques, dégringole de 14 à 1,2 % des langues maternelles de l'Union, il demeure, de très loin, le plus étudié des secondes langues. Selon les chiffres d'Eurostat, en 2017, 98 % des collégiens et des lycéens européens suivaient des cours d'anglais. Le français se situait à la deuxième place, avec 33,4 %, suivi de l'allemand (23,3 %) et de l'espagnol (16,9 %).


La bronca des fonctionnaires francophones

La modification des textes européens exigeant l'unanimité, il est illusoire de chercher à bouter la langue de Shakespeare hors de l'UE. Jamais l'Irlande ou Malte n'accepteront de se replier sur leur deuxième langue officielle. En outre, ces deux pays trouveraient de nombreux alliés au Nord et à l'Est pour conforter le maintien de l'anglais parmi les 24 langues officielles.
La plus grave attaque subie, ces dernières années, par le "français juridique" a eu lieu sous le règne d'Ursula von der Leyen, la présidente allemande de la Commission européenne. Elle s'est dotée d'un directeur de cabinet allemand, Bjoern Seibert. "Or celui-ci a donné instruction orale que toutes les notes juridiques remontant des services soient rédigées en anglais", se plaint-on au sein de la Commission. Un collectif de fonctionnaires francophones (mais seulement français), dénommé Carré bleu, a dû interpeller par lettre la présidente von der Leyen pour travailler en français sans avoir à se cacher. C'est d'autant plus dommageable que le contentieux des textes européens, lui, sera en français… Autant travailler d'emblée dans la langue de Molière puisque celle-ci, in fine, devra être utilisée devant la Cour de justice de l'UE, comme on l'a vu plus haut.
La résistance s'intensifie depuis que Philippe Léglise-Costa a pris ses fonctions d'ambassadeur de France auprès de l'Union européenne. Ce diplomate de haut rang s'est fait connaître en quittant une réunion du Coreper (l'organe des 27 ambassadeurs, à l'époque 28) précisément sur un différend idiomatique. En cette année 2018, il s'agit de créer un groupe de travail sur le budget européen. Un diplomate bulgare émet l'idée que ce groupe travaillera uniquement en anglais et que, partant de là, l'interprétation dans une autre langue sera à la charge des pays qui la demandent. Hors de question pour Léglise-Costa. Le débat devient assez rude. Chacun y voit son intérêt : les Nordiques, anglophones, se disent qu'ils n'auront rien à payer… Le diplomate bulgare croit pouvoir passer en force en réclamant un vote qu'il aurait pu remporter à la majorité simple.
C'est là que Philippe Léglise-Costa se lève de sa chaise et quitte la salle de réunion. Une manœuvre pour bloquer toute décision et reprendre les discussions la tête froide. Le coup d'éclat du Français fait du bruit ! La presse s'en empare… En fin de compte, le groupe de travail a été créé en multilingue, avec interprétation à disposition sur le budget commun. Autre exemple : la création du dépôt des brevets européens en 2011. Le sujet a été bloqué pendant trente ans car on ne s'accordait pas sur la langue qui devait faire foi. Le déposant qui paie son dépôt devait-il, pour être protégé, le faire en plusieurs langues et laquelle fait foi ? Les Italiens et les Espagnols ont exigé que seul l'anglais soit la référence. La France a bloqué. Le principe finalement retenu est qu'il n'existe aucune condition de langue pour le dépôt dans les trois langues officielles (français, anglais, allemand).


L'entrée des Scandinaves a destitué le français

Deux petites victoires face à un torrent anglophone." Il paraît clair que le Brexit ne signera pas la fin de la domination de la langue anglaise dans les institutions européennes", confirme Pierre Ménat, ancien diplomate français. Cet ancien conseiller Europe de feu le président Chirac était aux premières loges pour constater l'érosion du français : "Langue des États sièges (Bruxelles, Strasbourg, Luxembourg, NDLR), le français avait bien résisté aux premiers élargissements et tenu sa place de première, puis seconde langue de travail jusque dans les années 1990. Mais cette situation s'est définitivement dégradée avec le grand élargissement. Celui-ci a entraîné la multiplication au Conseil des réunions sans interprétation, lors desquelles la langue anglaise, ou plutôt le "globish", s'est imposée comme véhicule commun. À la Commission, au Conseil, au Parlement, une grande majorité des nouveaux arrivants ne parlaient ni ne comprenaient le français. Un événement récent confirme cette tendance. En octobre 2020, le Parquet européen, nouvelle institution, a décidé à une très large majorité d'adopter l'anglais comme langue unique de travail. Aujourd'hui, beaucoup de documents du Conseil ou de la Commission ne sont initialement disponibles qu'en version anglaise."
Très précisément, la bascule intervient avec l'intégration des Scandinaves, en 1995, dépourvus de la culture de la diplomatie francophone. Puis l'adhésion des pays anciennement communistes achève le travail. Les eurodéputés d'Europe centrale choisissent massivement l'anglais en 2004 moins par amour de la vieille Angleterre que par fascination pour les États-Unis, première puissance du "monde libre"… Les Roumains, francophones et francophiles, résistent. Le président du groupe Renew, Dacian Ciolos, lorsqu'il fut commissaire à l'Agriculture de 2010 à 2014, avait imposé le français dans les briefings. Les fonctionnaires bruxellois, tous locuteurs francophones, avaient un peu paniqué, mais s'y étaient conformés. Car c'est bien là le plus beau de l'histoire : les fonctionnaires de la Commission savent parler français et cette langue est exigée au concours (la France y veille). Mais ils préféreront toujours commencer une réunion en anglais et réserver l'usage du français dans leur intégration à la vie bruxelloise… L'anglais, c'est pour le travail ; le français, pour les loisirs et la vie sociale.


Des stages d'immersion pour les VIP

Si l'on ne fait rien, le niveau de français des commissaires continuera à baisser. Mariya Gabriel, la Bulgare, est une locutrice parfaite. Le Slovaque Maros Sefcovic, ancien diplomate, se débrouille très honnêtement, tout comme le Hongrois Oliver Varhelyi pour les mêmes raisons… Francophile, Margrethe Vestager, la Danoise, devient peu à peu une locutrice passive (elle comprend mais n'ose pas le parler professionnellement). Là aussi, il ne faut pas baisser les bras. "Nous organisons des cours de français avec des formations VIP pour les commissaires ou les directeurs généraux de la Commission", indique-t-on à la représentation permanente de la France à Bruxelles. Il existe même des stages d'immersion totale pour les VIP. Le Letton Valdis Dombrovskis, en charge du Commerce, s'y prête actuellement. Mais ce fut également le cas de la commissaire Vera Jourova ou d'Helena Dalli. "Dans les services de la Commission, il est très rare qu'une réunion de travail ne puisse pas basculer au français. Dans les cabinets des commissaires, c'est différent, car il y a du personnel politique qui n'a pas reçu cette formation initiale", souligne-t-on. Cela dit, les Allemands n'entendent pas laisser le français regagner du terrain sans combattre et eux aussi financent des formations au sein de l'UE. "Une tentative forcée mènerait probablement à une bataille et à un blocage, l'enjeu étant de taille, et serait source de méfiance envers la France, prévient Valérie Hayer. Après tout, Umberto Eco disait que la langue de l'Europe, c'est la traduction."
La Commission avait pris un mauvais pli en adressant ses courriers aux ministres français en anglais. Là encore, Philippe Léglise-Costa est intervenu : aucune lettre ne sera transmise aux ministres français si la Commission ne l'écrit pas en français. Sur le moment, la Commission est ébranlée. Elle avance qu'elle n'a pas les moyens de traduire. La France ne fléchit pas. La Commission propose alors une "traduction de courtoisie" en plus de la lettre officielle en anglais. Hors de question : un courrier adressé officiellement par la Commission à la France doit être rédigé en français. La Commission a plié… et a respecté les textes. Toujours les textes.


L'armée des traducteurs s'amenuise

Enfin, il y a le cas de la présidente Ursula von der Leyen. Emmanuel Macron l'avait vendue comme "francophone". Déception de ce côté-là. "Avec Michel Barnier, ça aurait été très différent comme on l'a vécu dans la task force Brexit, confie un fonctionnaire européen. C'est toujours la langue du chef qui donne le ton." En public, von der Lyen ne fait qu'un usage parcimonieux de son français, se contentant de quelques phrases dans ses discours là où son prédécesseur Jean-Claude Juncker, trilingue exceptionnel, pouvait jongler avec les trois langues de travail de la Commission comme un acrobate. La présidente de la Commission fait des efforts et enregistre parfois des vidéos dans les trois langues. Mais ses messages se résument à une communication lissée, alors que Juncker était imprévisible et fantasque dans les trois langues…
L'enjeu à venir, c'est le maintien et l'accroissement de la traduction. "Le multilinguisme coûte un milliard d'euros pour 500 millions de citoyens européens, soit deux euros par citoyen. Le prix d'un café !" notaient dans un rapport les députés Bruno Fuchs (France), Sorin Cimpeanu (Roumanie) et Hamza Fassi-Fihri (Belgique) pour le compte de l'Assemblée parlementaire de la francophonie. La DG traduction de la Commission pèse, à elle seule, 325 millions d'euros, toutes langues confondues. Elle emploie 1 562 traducteurs, dont 142 pour le français. Elle fait appel à des sous-traitants extérieurs. Au Parlement européen, où le multilinguisme est le plus respecté, la direction générale de la traduction emploie 600 traducteurs et 280 assistants qui utilisent les nouvelles technologies. Au secrétariat général du Conseil, on trouve 620 traducteurs et 180 assistants. Plus délicate encore, la traduction juridique à la Cour de justice est assurée par 600 juristes linguistes. La Cour des comptes européenne emploie 140 agents à la traduction… Et on trouve d'autres services de traduction à la BEI, à la BCE et dans les agences de l'UE…


Les logiciels de traduction s'améliorent

Or les effectifs des traducteurs sont en baisse un peu partout. La technologie des logiciels de traduction, de plus en plus performante, permet certes d'aller plus vite et plus aisément s'agissant de la communication écrite, mais quid de la communication orale ? On veut faire des économies, mais le projet politique de "l'Union dans la diversité" ne peut se permettre de traiter les "petites langues" comme des scories de l'histoire. L'enjeu démocratique de rendre l'Union compréhensible par tous les citoyens ne peut se satisfaire d'un à-peu-près. Or il suffit de se balader sur les multiples sites Internet de l'Union pour s'apercevoir que, passé les premières pages, l'anglais est bien souvent la source unique. Bien sûr, avec Google Translate, on peut s'accrocher aux branches et parvenir à décrypter les grandes lignes d'un texte si l'on ne maîtrise pas l'anglais. Mais, politiquement, c'est commettre un contresens et, a fortiori, enfreindre les traités européens.
En se lovant dans le "globish", les élites européennes donnent le sentiment de s'écarter des peuples pour vivre dans une bulle mondialisée. D'autant plus que cette "novlangue bruxelloise" n'est pas enrichie par le patrimoine britannique. Écouter Theresa May parler sa langue maternelle est un délice pour les oreilles (pour ceux qui connaissent l'anglais) par la richesse tant des tournures que des expressions. Boris Johnson a une élocution certes plus aboyante, mais quel vocabulaire ! Paradoxalement, "BoJo" adore user de vocables anglais d'origine française et, durant les négociations du Brexit avec von der Leyen, il plaçait le mot "obsolète" autant qu'il le pouvait…


"L'anglais attire par sa capacité à le parler mal"

En comparaison, les formules stéréotypées proférées par le premier commissaire européen venu, quel pensum ! Sans même parler des accents d'origine des eurodéputés qui viennent saturer ce pauvre anglais d'accents toniques déplacés et de borborygmes gutturaux. Difficile de raccommoder les fils de cette Babel européenne sans massacrer la magnifique langue de Charles Dickens, Edgar Allan Poe, Jane Austen… "L'anglais attire par sa capacité à le parler mal, s'amuse un diplomate. Le plus drôle, c'est que, dans une réunion à Bruxelles, le "globish" était devenu tellement éloigné de l'anglais qu'il était compréhensible par tous, sauf par un Anglais."
"Derrière l'impérialisme linguistique, il y a un impérialisme politique, économique et culturel, estiment les rapporteurs de l'Assemblée parlementaire de la francophonie. La pensée européenne actuelle est profondément marquée par l'influence anglo-saxonne et cette réceptivité aux idées anglo-saxonnes essentiellement économiques est facilitée et encouragée par l'usage de l'anglais." Mais elle le serait tout autant si le français était la langue dominante, répondront, à juste titre, les autres nations. Celui qui impose sa langue diffuse aussi ses idées, sa manière de penser… Pour éviter cette hégémonie culturelle, le premier règlement dans l'histoire de la construction européenne, le règlement 1-58 du 6 octobre 1958 (donc 15 ans avant l'adhésion du Royaume-Uni), posait, de manière prémonitoire, le principe que chacune des langues européennes est officielle.


Le défi complexe d'un débat démocratique multilingue

A contrario, le "multilinguisme" officiel se heurte à une difficulté pratique dans le processus électoral. Quand il s'agit de concevoir des élections européennes qui se dérouleraient selon le principe des listes transnationales, que faire ? C'est le projet formé par Emmanuel Macron (retoqué par les chrétiens-démocrates du PPE) et soutenu par son groupe Renew au Parlement européen pour les européennes de 2024. Reprenons le principe : une seule tête de liste européenne par parti européen de manière à ce que le débat se déroule dans un espace public continental. Sur le papier, c'est cohérent.
Mais quel homme ou femme politique pourrait mener des débats dans 27 pays et 24 langues différentes ? L'oiseau rare n'existe pas. Lors des dernières européennes, il y a bien eu un débat à Bruxelles entre les six têtes de liste des partis européens. Tous les candidats ont opté pour l'anglais. Le débat n'a pas été retransmis par les chaînes de télévision européennes. La joute (très aseptisée) est restée confidentielle. L'Allemand Manfred Weber, le leader du PPE, premier parti du Parlement européen, ne parle pas français. Son opposant de l'époque, le travailliste néerlandais Frans Timmermans (resté commissaire européen), est multilingue et maîtrise le français impeccablement. Hélas, il n'a pas fait campagne en France car le Parti socialiste… ne l'a pas soutenu !

(*) Ce point est discuté. L'ordonnance de Villers-Cotterêts impose la "langue maternelle françois" et permettrait ainsi de dépasser le clivage entre langue d'oil et langue d'oc. Si bien que tous les Français seraient à même de comprendre les documents administratifs.


/nouvelles/presse.gifLangue française : Nouvelles de janvier 2021 - le 13/01/2021 - 12:39 par MAR

Langue française : Nouvelles de janvier 2021

Europe Infos L’UE devrait cesser de parler "anglais cassé" après le Brexit, déclare le ministre Clément Beaune (12/01) (lien)
L'Express M. Feltin-Palas Les noms de lieux doivent-ils être francisés ? (12/01) (lien)
Le Monde Verlan de "lobotomisé" ou "pigeon" en langue soninké ? "Boloss", injure générationnelle et mystère étymologique (6/01) (lien)
Le Figaro Un pacte linguistique signé entre l’État et la région Hauts-de-France (30/12) (lien)


Urgent appel d’un Suisse romand à l’adresse
de M. Hubert Védrine

Monsieur le Ministre,

Je déplore à chacun de mes voyages à travers l’Hexagone ce que bon nombre d’associations de Défense de la langue française dénoncent à cor et à cri et dans l’indifférence générale, à savoir un arrachage de langue systématique qui s’opère à tous les niveaux de la société française, du sommet de l’État jusque dans les plus petites consciences, au profit du seul anglo-américain.

Voyageant fréquemment de long et en large dans le pays de l’Exception culturelle et des Droits de l’Homme, ce pays qui a tant donné de lui au monde par son génie aux multiples facettes dont il a le secret, je ne cesse de me demander comment un tel géant culturel est tombé si bas, laissant sa langue ainsi ravagée et ruinée par une langue prédatrice qui ne supporte rien de ce qui dépasse son glacial moule hégémonique.

M’étant laissé dire que vous rencontrerez Monsieur le Président de la République prochainement, puissiez-vous le rendre attentif à la descente aux enfers d’une langue française qui nous a tous portés… et qui ne nous a jamais abandonnés. Une langue unique dans le paysage linguistique mondial qui crie sa détresse de là où on l’a jetée comme une malpropre, et ce en dépit des dispositions d’une loi Toubon bafouée, contournée ou vidée de son contenu.

Puissiez-vous aussi faire prendre conscience à Monsieur Emmanuel Macron de l’omniprésence de l’anglais dans les institutions européennes, procédé inique en complète violation de la charte de 1958 modifiée, faisant du français - pourtant chez lui à Bruxelles, à Luxembourg comme à Strasbourg – une quantité plus que négligeable, sans parler des autres langues de l’Union.
Vous remerciant de l’urgente et sincère attention que vous porterez à ces quelques lignes, je vous adresse, Monsieur le Ministre, l’expression de ma parfaite considération.

Philippe Carron
Collectif Langue française, Suisse romande


nouvelles2020/digital.jpgHalte à l’emploi incorrect de "digital" ! - le 28/12/2020 - 12:01 par Nadia_Antonin

Halte à l’emploi incorrect de "digital" !

par Nadia Antonin

Avec le développement des technologies de l‘information et de la communication (TIC), nous avons assisté à une prolifération de termes anglo-saxons dans de nombreux secteurs. Ce phénomène constitue une menace et expose l’utilisateur francophone à des abus de langage ainsi qu’à de nombreuses erreurs de compréhension ou d’interprétation des différents concepts utilisés.

Pour illustrer ce propos, nous allons nous pencher sur le terme anglais "digital". Ce dernier a pris de l’ampleur et il apparaît aujourd’hui comme inévitable.

Nombreux sont ceux qui traduisent cette notion par "digital" en français. Ainsi, d’aucuns parlent de "croissance digitale", de "stratégie digitale", de "transformation digitale", de "digitaliser l’activité judiciaire", etc. De nos jours, le mot "digital" est mis à toutes les sauces. Lors de séminaires, réunions ou conférences, nombreux sont ceux qui emploient l’adjectif "digital" au lieu de "numérique" malgré la recommandation officielle. Cet anglicisme est insupportable et exaspérant !

La traduction de "digital" en anglais par "digital" en français est incorrecte. Le Petit Robert rappelle que la recommandation officielle est "numérique" et le Larousse précise que "digital" est déconseillé et vieilli.

L’adjectif digital en français signifie qui appartient aux doigts, se rapporte aux doigts". Il est issu du latin digitalis "grosseur d’un doigt", lui-même dérivé de digitus, "doigt". De ce concept latin, a été tiré "digit" en anglais ayant deux sens : le premier est "chiffre", le second "doigt" et digital, qui signifie "numérique". En restant dans la même famille de "digital", il faut remplacer "digitaliser" et "digitalisation" par "numériser" "et numérisation".

Comme de nombreux secteurs, celui des moyens et systèmes de paiement est victime de l’invasion d’anglicismes notamment depuis l’apparition des moyens de paiement électroniques. Face à cette menace, un groupe de travail avait été mis en place en 1993 au sein du Comité français d’organisation et de normalisation bancaires (CFONB). Il s’était fixé comme objectif de redéfinir ces nouveaux moyens de paiement et de donner l’équivalent en français des concepts fondamentaux liés à leur utilisation et à leur sécurisation.

Concernant les moyens de paiement, on a vu apparaître récemment dans certains rapports et publications officielles, le concept de "monnaie digitale de banque centrale". Cette expression a été choisie par certains auteurs pour traduire "Digital Central Bank Currency" (DCBC)". Il s’agit en l’espèce d’une monnaie émise par une banque centrale, totalement dématérialisée qui, pour la Banque de France, revêtirait deux formes : une monnaie centrale dite de "gros", utilisée exclusivement pour dénouer les transactions financières entre la banque centrale et les banques commerciales ou d’autres institutions financières et une monnaie centrale dite de "détail" qui ne remplacerait pas les pièces et les billets mais qui offrirait au grand public une alternative, une monnaie numérique publique, émise et garantie par l’État.

En tant qu’ardents défenseurs de la langue française, n’hésitons pas à rappeler en toutes circonstances que le mot "digital" en français est incorrect.


Langue française : Nouvelles de décembre 2020 (3)

Capital "Du coup", ce tic de langage dont on abuse au travail... (21/12) (lien)
L'Express Hélène Carrère d'Encausse La France s'incarne d'abord dans sa langue ! (19/12) (lien)
La langue francaise Espace insécable : le guide complet  (17/12) (lien)
ActuaLitté Un Dictionnaire des francophones, car "le français appartient à tout le monde" (14/12) (lien)
actu.fr Le collège Carnot d'Auch, fait rayonner la langue française avec ses défis oratoires (16/12) (lien)


Langue française : Nouvelles de décembre 2020 (2)

Yves Montenay Défendons la langue française : lettre à Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France (lien)
ALF  2 présidents, paladins de la langue française et de la Francophonie (16/12) (lien)
Le Devoir L’anglais règne parmi les missions canadiennes à l'étranger (16/12) (lien)
Journal francophone de Budapest Francophonie : ces cousins du Québec, plus "français" que nous ? (lien)
 


nouvelles2020/choix-francophonie.jpgLe choix de la Francophonie - le 10/12/2020 - 17:58 par albert-salon

Le choix de la Francophonie

Un parcours belge et international

de Roger Dehaybe

Avant-propos d’Antoinette Spaak - préface d’Abdou Diouf - Éditions du Cygne, Paris.

Roger Dehaybe, belge wallon de Liège, universitaire philologue, administrateur de grands théâtres en Belgique, haut diplomate, fut Commissaire général aux relations internationales de la Communauté française de Belgique (1983-1997 ; donc responsable des affaires étrangères de cette Communauté devenue Fédération Wallonie-Bruxelles), puis Administrateur général de l’Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF, 1998-2006, intégrée aujourd’hui dans l’Organisation internationale de la Francophonie, OIF). Roger Dehaybe est membre actif de la section "Belgique" du Haut Conseil international de la Langue française et de la Francophonie (HCILFF). AS

Chez qui, ce choix ? D’abord celui d’un homme habité par l’idée de l’humanisme francophone. D’un homme incarnant l’histoire de sa ville de Liège qui (cela tombait bien ! ...) fut "nouvelle Athènes" au Moyen-Âge, rayonnante principauté Renaissance, révolutionnaire dès 1789, avant le rattachement du pays à la France jusqu’à Waterloo, sur le sol belge. Cet homme habité, habile et déterminé, a fait de son choix celui de toute la communauté francophone de Belgique, avec la compréhension et le consentement obtenus de la Flandre flamandophone, et du Royaume. Et certaines convergences dans l’action avec "l’autre Bruxelles".

Pour illustrer lui-même la complexité institutionnelle de la Belgique actuelle, il nous donne dès les premières pages de son livre des documents, organigrammes, dates importantes, très parlants. Une utile, salutaire "leçon de Belgique"...

Nous suivons ensuite sa brillante ascension. Accommodant d’abord les Wallons entre eux (Région et Communauté), puis les Wallons et les Bruxellois, enfin le "Wallo-Brux" avec les institutions de la Flandre aux intérêts parallèles, sinon convergents et, parallèlement, avec le Royaume, membre théoriquement naturel des institutions de la Francophonie multilatérale, et signataire obligé parmi les 21 États du traité de Niamey en 1970.

Si la France est souvent considérée comme une Europe réussie, nous pouvons affirmer que Roger Dehaybe a beaucoup contribué à sculpter, non certes une Belgique réussie, mais une "Belgique aigle à deux têtes" qui compte beaucoup dans la Francophonie mondiale organisée.

Car notre homme a transposé cette précieuse expérience de haut diplomate à l’action au sein de l’ACCT de Niamey, puis de l’AIF, devenue OIF. Chapeau !

Comment ? Lisez son livre, haletant d’intérêt !

En tout cas, en faisant preuve de ce grand "bon sens", que Sonia Mabrouk reproche gentiment à la France d’avoir un peu égaré, et d’un volontarisme dont il déplore la perte, y compris de la part de la France, qu’il égratigne légitimement, de manière courtoisement contenue, car il l’aime bien, mais clairement perceptible dans sa recherche obstinée et efficace du "consensus",

Bon sens et consensus sur la priorité à l’Éducation et à la Culture (la Conférence de Cotonou sur la Culture, et la Convention UNESCO sur la diversité culturelle d’octobre 2005 : c’est aussi lui !...) ; à la solidarité, faite surtout de coopération pour le développement des pays du Sud, d’abord de l’Afrique (il fut appelé "Dehaybe l’Africain"), seule vraie "plus-value" propre à la Francophonie, alors que rien n’est définitivement acquis pour elle, voire pour le français, malgré la très optimiste projection (750 M en 2050 !...) bien trop répandue.

Priorité naturelle, indispensable, à la langue française, qui conditionne tout le reste, mais en faisant une place nécessaire dans les écoles africaines aux langues nationales, même très locales, partout où c’est possible, pour ancrer les élèves dans le contexte et les valeurs de leurs cultures ("aucun dialogue ne peut se faire au mépris des identités"), ce qui n’est pas incompatible – au contraire ! - avec l’ouverture offerte par le français. Francophonie populaire, pour et par les femmes, les jeunes, les Jeux de la Francophonie, les actions de terrain, avec de vrais experts qu’il faut plus entendre dans "les instances", et associer à l’exécution sur place, avec les forces vives locales, en concentrant les faibles moyens budgétaires (quelques dizaines de millions d’euros aux programmes !) sur des pays choisis, en renonçant enfin à cette plaie des institutions internationales : l’élargissement à tout va et le saupoudrage corrélatif, inefficace.

Découlent de ce qui précède des propositions concrètes, de bon sens, que plusieurs fonctionnaires du ministère français de la Coopération - à la suite des "humanistes coloniaux" à la Delavignette et Lyautey - proposaient eux aussi depuis des années, à l’interne, et dans des articles et ouvrages. Correspondances...

Le ressort profond : l’humanisme, encore une fois. L’être d’abord, sans négliger l’avoir. Œuvrer, par la Francophonie, laboratoire de la diversité culturelle et d’un véritable "vivre ensemble", contre la marchandisation universelle et l’uniformisation mondiale de la pensée, tenter de s’élever à la fraternité. Merci !

Découvrez cette richesse dans ce livre "de choix" ! Puissent les décideurs s’en inspirer, en France et ailleurs !

Albert Salon, ancien ambassadeur.


nouvelles2020/artsakh.jpgLe français en Artsakh (Haut-Karabakh) - le 09/12/2020 - 21:48 par Nadia-Gerard-Antonin

Le français en Artsakh (Haut-Karabakh)

par Nadia et Gérard Antonin 

Mme Nadia Antonin, haut cadre de la Banque de France, est membre de commissions de terminologie, ainsi que d’ALF et du Haut Conseil international de la langue française et de la Francophonie (HCILFF). AS

Le développement de la langue française est une priorité gouvernementale en Artsakh. L’Artsakh (anciennement Haut-Karabakh), république autoproclamée de Transcaucasie et peuplée majoritairement d’Arméniens de confession chrétienne, a fait de la langue française, une priorité gouvernementale.

La langue de Molière est perçue comme l’instrument privilégié de l’éducation citoyenne des Artsakhiotes. En d’autres termes, l’apprentissage du français est ressenti comme un atout supplémentaire d’enrichissement culturel. De nombreux acteurs se sont mobilisés autour de ce projet politique, qu’il s’agisse de particuliers, de mouvements associatifs ou d’élus. L’une des principales entités œuvrant en faveur de la francophonie en Artsakh est l’association du même nom "Francophonie en Artsakh" dont le président est François Rochebloine, ancien député de la Loire. Avec le co-financement du gouvernement de la République d’Artsakh, du Fonds pan-arménien de France et de l’ONG "Francophone en Artsakh" et sous l’égide de la Fondation Paul Éluard, les travaux de construction du Centre francophone Maison Paul Éluard ont commencé à l’automne 2019 dans la capitale Stépanakert. Ils devaient être achevés en septembre 2020.

Pour François Rochebloine, ce centre va jouer un rôle important dans le développement du français. Ce vieil amour de la langue française en Artsakh comme d’ailleurs en Arménie ne se dément pas. Ainsi, grâce à la volonté de certains élus, les premières "journées francophones en Artsakh" se sont déroulées du 17 au 20 septembre 2015. De nombreux évènements dédiés à la promotion de la langue et de la culture française ont ponctué ces journées pour lesquelles plus de 200 Français avaient fait le déplacement.

En Arménie, où s’est tenue le XVIIe sommet de la Francophonie en 2018, "il suffit de parler français pour se faire arrêter par un passant au son de "Vive la langue française !" écrit Christian Rioux, journaliste au quotidien canadien Le Devoir et essayiste. Dans un article intitulé "Le peuple martyr", ce journaliste explique ce que signifie parler français en Arménie. "Tout à coup, les yeux des passants s’éclairent. Ils vous arrêtent dans la rue et vous sourient comme si vous ameniez le soleil. Les Québécois qui s’imaginent parfois seuls au monde à parler français devraient tous aller faire un stage dans la capitale arménienne. Ils en reviendraient convaincus que leur langue est l’une des quelques rares langues internationales du XXIe siècle et qu’elle vaut bien qu’on la défende par tous les moyens possibles".

Malheureusement, le 27 septembre 2020, l’Azerbaïdjan soutenu par la Turquie a lancé une offensive meurtrière en Artsakh. La population et les infrastructures civiles ont fait l’objet de pilonnages intensifs à l’aide de drones "tueurs", d’armes à sous-munitions et de bombes au phosphore blanc. Les projets dédiés au rayonnement de la Francophonie dans cette région abritant 150 000 Arméniens ont été brusquement interrompus ; et il n’est même pas certain que le Centre francophone Paul Éluard n’ait pas été détruit.

Puisse le rêve francophone des Artsakhiotes renaître de ses cendres…


Langue française : Nouvelles de décembre 2020

L'Express M. Feltin-Palas Pourquoi certains mots nous paraissent-ils "laids" ? (8/12) (lien)
Journal de Québec Front commun pour étendre la loi 101 (3/12) (lien)
Médiapart B. Gensane Encore un petit coup d'anglicismes (2/12) (lien)
Le Figaro Ces mots de latin que nous employons sans le savoir (1/12) (lien)
 


Langue française : Nouvelles de novembre 2020 (4)

Le Figaro Ces mots de latin que nous employons sans le savoir (30/11) (lien)
Journal de Montréal Résister aux "chauffards" de la langue française (30/11) (lien)
La Voix du Nord Br. Dewaële Après le "virus chinois" de Trump, le "virus anglais" (30/11) (lien)
Le Figaro Parlez-vous le français du Luxembourg ? (30/11) (lien)


Langue française : Nouvelles de novembre 2020 (3)

AgoraVox AFRAV Refusons le séparatisme linguistique ! (27/11) (lien)
Le Devoir Le projet sur les géants du Web renforcera-t-il le français ? (27/11) (lien)
Le Robert Sommes-nous envahis par les anglicismes ? (26/11) (lien)
TVA Nouvelles Langue française : La loi 101 sera réformée en profondeur (24/11) (lien)
Dictaly La dictée devient un jeu ! (17/11) (lien)
Le Soir La chronique Vous avez de ces mots : Click & Collect, peut-on mieux dire ? (lien)


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