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Nouvelles
nouvelles2014/michel_guillou.jpgConstruire l’Union francophone - par Michel-Guillou le 16/07/2015 - 19:34

Construire l’Union francophone
pour consolider la plaque linguistique de langue française

par Michel Guillou

Cette idée a été relancée récemment, notamment par Jacques Attali et Pouria Amirshahi. La France devrait s’y engager ; c’est un grand projet dont elle a besoin pour rester une Nation, affirmer son universalisme spécifique et bâtir sa grandeur de demain.

La mondialisation contemporaine met en contact, en frottement, pacifiquement ou non, des «plaques» de puissance et d’influence économiques, culturelles ou linguistiques. Les unions géoculturelles qui rassemblent des peuples partageant une même langue sont de telles plaques d’influence, les plaques linguistiques. La Francophonie est la plaque linguistique de langue française.

Son liant, c’est la langue française, son ciment l’agir, le vivre ensemble qu’elle permet.

La plaque linguistique francophone sera d’autant plus importante et visible dans la mondialisation, qu’elle rassemblera un plus grand nombre de pays et comportera un plus grand nombre de locuteurs parlant français. Elle sera d’autant plus soudée qu’elle sera utile, bien réticulée, source de développement et de progrès et traversée par de grands réseaux fédérateurs de coopération et d’agir ensemble.

C’est dire l’importance de défendre et promouvoir la langue française et de développer la coopération et le vivre ensemble francophones. Les vents contraires sont nombreux. Les plus forts, ce sont ceux venant de la France du fait du renoncement actuel de ses élites, à son identité, à sa langue et à la Francophonie comme facteur de puissance.

Construire l’Union francophone c’est certainement le meilleur moyen voire le seul pour relancer la Francophonie et assurer sa pérennité dans un monde dominé par la puissance uniformisante anglo-saxonne, mais qui veut la diversité. Il s’agit de donner un contenu d’avenir à la plaque francophone, la troisième francophonie, la francophonie mondialisée, caractérisée par le dialogue des cultures et la solidarité qui prend la suite logique de la Francophonie d’Onésime Reclus et de la Francophonie de Léopold Sedar Senghor.

Voilà le défi posé, le chantier offert à la nouvelle Secrétaire générale Madame Michaëlle Jean qui vient d’être nommée, fin 2014, au dernier Sommet de la Francophonie de Dakar, à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Que faire ?

D’abord un énorme et moderne travail de communication surtout en France où la Francophonie n’est connue de personne ni comme entité, ni comme concept. À titre d’anecdote significative, un haut fonctionnaire de l’Organisation internationale de la Francophonie se voyait demander récemment les statuts loi 1901 de son «association» alors qu’il cherchait à louer à Paris un appartement au nom de l’OIF. ONU, Union européenne et même Commonwealth connais, mais OIF connais pas. Voilà la triste réalité. Il faut s’attacher à mettre la Francophonie dans les têtes. Autre exemple, toutes les Écoles de Commerce françaises abandonnent leur nom en français pour un nom en anglais. C’est inacceptable. Une démarche de l’OIF au plus haut niveau auprès de leur Association pour y mettre fin est urgente et indispensable. C’est une question de bon sens.

En termes de communication, à l’interne, TV5-Monde doit être plus que maintenant, la télévision qui parle de la Francophonie et rend compte de ses activités. À l’externe, il faut que la Francophonie participe sur les plateaux de télévision nationaux aux grands débats politiques, économiques et culturels et noue des partenariats avec les associations, les fédérations et autres organisations … qui structurent les sociétés civiles. Faire connaitre l’Organisation internationale de la Francophonie est une nécessité.

Tout en assurant la continuité des actions déjà menées en matière de francophonie politique et de francophonie de solidarité, il faut de nouveaux programmes visibles et utiles. Mais pour qu’ils atteignent la masse critique et pour tenir compte des restrictions budgétaires, le partenariat doit être la règle ainsi que la mutualisation.

En matière de liant on pourrait se laisser aller à l’optimisme béat vu les projections démographiques africaines de 700 millions ou plus de francophones en 2050. Faut-il encore que pour y parvenir, certains pays africains n’abandonnent pas, comme le Rwanda, le français pour l’anglais et ceci est d’autant plus possible que les Français vont largement dans ce sens.

Une bataille, une guerre est à mener d’urgence contre l’anglobal appelé aussi anglobish. Citant le livre de réflexion sur la langue française d’Alain Borer, De quel amour blessée, Bernard Pivot a décrit dans le JDD du 14 juin cette maladie envahissante qui consiste à truffer les phrases de mots, d’expressions anglaises même lorsque l’équivalent français existe. Celui-ci est vite délaissé, oublié, jugé ringard.»La vitesse de propagation de l’anglais constitue un phénomène jamais vu dans l’histoire de la langue».

Le partage du français étant le liant de la plaque francophone, la Francophonie et en particulier la Francophonie en Afrique, a besoin d’un grand nombre de professeurs de français pour enseigner le français aux jeunes francophones issus du «boom» démographique en cours. Un gros effort de formation a déjà été fait en particulier par l’OIF avec le programme IFADEM et le bilatéral français, mais on est très loin du compte. Il faut mettre en œuvre dans ce domaine en mutualisant les efforts, en multipliant les partenariats, en particulier avec les Collectivités locales, un grand réseau fédérateur de formation des enseignants de français.

Pour cimenter la plaque francophone, d’autres grands réseaux de coopération utiles et visibles sont à portée de main en s’appuyant sur l’existant dans les sociétés civiles.

Un réseau sportif en partenariat avec les fédérations sportives nationales et internationales. Quel francophone ne rêve-t-il pas, par exemple, d’une coupe francophone de football ?

Un réseau universitaire de formation à l’excellence et aux métiers en partenariat avec l’AUF, l’Université Senghor d’Alexandrie, les établissements et leurs regroupements. Soyons le creuset de la formation des élites francophones en particulier dans le cadre du LMD. Les briques de ce réseau existent, il faut les rassembler et donner ampleur et cohérence à l’ensemble.

Un réseau économique impliquant les entreprises, s’appuyant sur les Chambres de Commerce et d’Industrie avec l’obsession de faire prendre conscience aux entreprises francophones de leurs forces et de leur faire connaitre la réalité économique de la Francophonie et ses potentialités.

Cette première énumération n’est pas exclusive, le champ des possibilités est large mais il faut pour que les réseaux réussissent s’assurer, outre leur utilité, de l’existence de grands partenaires forts et visibles dans les sociétés civiles.

En conclusion, la plaque linguistique francophone est une réalité pleine de potentialités.

Il faut espérer que la nouvelle Secrétaire générale Madame Michaëlle JEAN pourra convaincre les pays francophones et la France en particulier, de se saisir de l’opportunité géopolitique et de développement qu’elle représente pour eux.

Recteur Michel Guillou

Saint-Maur

le 12 juillet 2015


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