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Les animateurs de ce forum ont ouvert une rubrique "Avenir de la langue française" sur la page d'accueil. Les visiteurs du site pourront y publier des messages, il pourra s'agir de commentaires à propos des articles publiés sur le site d'ALF. Toutes les initiatives seront bienvenues de telle façon que les membres de l'association ainsi que les visiteurs du site d'ALF, puissent échanger entre eux sur le thème de la francophonie qui nous est cher. À bientôt sur le forum ! Michel Chevallier

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Lettres de protestation

Der. nouv.

nouvelles2017/michel-guerrin.jpgMy God, la francophonie - le 14/06/2017 - 22:05 par Michel-Guerrin

My God, la francophonie !

par Michel Guerrin

Le Monde du samedi 10 juin 2017 pour une fois que le "journal de référence" français daigne s'intéresser à la langue de son pays (le français, parait-il ) nous avons jugé utile de reproduire cet article dans son intégralité)


My God, la francophonie !

par Michel Guerrin

Défendre la langue française partout, c’est jugé frileux, réac. Prenez le fameux discours de minuit d’Emmanuel Macron, invitant – en anglais – les chercheurs américains à venir travailler chez nous après le retrait de Donald Trump de l’accord sur le climat. Tout le monde a applaudi ou presque. La voix sonnait juste. Elle traduisait son sens de la com, mais aussi sa modernité. Elle a mis fin à vingt ans d’analphabètes de la langue de Shakespeare – Chirac, Sarkozy et Hollande. En janvier, le candidat Macron dissertait déjà en anglais, à Berlin, autour du couple franco-allemand. Pour être compris par le plus grand nombre."Démission culturelle", ont raillé des intellectuels, qui se demandent si Macron entend vraiment, comme il l’a écrit, faire de la francophonie un enjeu majeur.

Cette question, on peut la voir en rose. Le français est la sixième langue la plus utilisée, derrière le chinois mandarin, l’anglais, l’hindi, l’espagnol et l’arabe. Il est pratiqué sur les cinq continents, le nombre de locuteurs devrait passer de 230 millions à 770 millions en 2050. Et puis, c’est une langue diplomatique (ONU) ou sportive (Jeux olympiques).

Mais cette question, on peut la voir en noir. Ce qui compte, ce n’est pas le nombre de locuteurs, mais leur influence. La sociologue Pascale Casanova explique très bien dans La Langue mondiale. Traduction et domination (Seuil, 2015) qu’une langue dominante est celle des polyglottes, des touristes, de l’élite. Celle de la modernité. Celle qui ne connaît pas de réciprocité. C’est l’anglais, bien sûr. On traduit en anglais, mais l’anglais ne se traduit pas, tout comme le Royaume-Uni quitte l’Europe, sa langue non. Du reste, l’anglais progresse et le français recule. A Bruxelles comme dans tous les lieux fermés du pouvoir. L’agence de normalisation Afnor vient de décider de publier ses textes uniquement en anglais. De son côté, le spécialiste en stratégie François Heisbourg vient de tweeter : "Imposer l’anglais comme seule langue de travail pour les opérations militaires de l’Union européenne en Afrique francophone est contre-productif."

Quant au français, langue d’antan des élites, il lui faut enrayer sa chute d’influence un peu partout, notamment dans les pays arabes, et surtout en Afrique. C’est plutôt mal parti. Avec la démographie galopante, il manquera d’ici à 2020 sur le continent autour de 150 000 professeurs de français. Autre inquiétude, les instituts français à l’étranger ferment les uns après les autres ou ont réduit la voilure.

Certains disent aussi que la francophonie est mal en point parce que, chez nous, prospère "la langue du maître". La formule est de l’écrivain rimbaldien Alain Borer, suivi par Pierre Michon, Dominique Noguez, Olivier Rolin, André Velter, Bernard Pivot… On les qualifie de mauvais coucheurs menant un combat d’arrière- garde. Ils répondent : maîtriser une langue riche et complexe aide à structurer sa pensée.

On ne compte plus les manifestations culturelles qui parlent un anglais non traduit

Que le bateau France prenne l’eau dans le langage courant, c’est une chose. Que nos décideurs privés et publics en rajoutent, c’est plus contestable. La plus haute tour de France, à La Défense, s’appelle First (231 m), bientôt détrônée par The Link (244 m).
 

Une langue dominante est celle des polyglottes, des touristes, de l’élite

Lyon abrite la tour Incity, Paris la tour Home, Boulogne-Billancourt les tours CityLights. L’aéroport de Metz et Nancy a pour nom Lorraine Airport. La publicité Air France dit "France is in the Air". A la télé, on regarde "The Voice", "Secret Story", "Master- Chef". Le slogan de la candidature française aux JO 2024 est "Made for Sharing". On ne compte plus les manifestations culturelles, y compris celles financées par l’argent public, qui parlent un anglais non traduit.

"Soumission imaginaire"

Ces exemples parmi des dizaines maltraitent la loi Toubon de 1994, qui vise à protéger le français dans l’espace public, au travail, dans le monde de l’éducation. Une telle loi est aussi efficace que celle contre le téléchargement illégal de musique. On ne lutte pas contre les pratiques massives.

Il n’y a qu’à voir ce qui se passe dans les universités ou les écoles de commerce – pardon, business schools. Beaucoup ont des enseignements en anglais dans le but de rester dans la course de la mondialisation. La loi Fioraso de 2013 a entériné cette coutume."Loi scélérate", peste Alain Borer. Loi qui lève une hypocrisie, répond la ministre. Mais est-ce nécessaire qu’une école de Dijon se rebaptise Burgundy School of Business, que l’ENA, à partir de 2018, impose l’épreuve d’anglais obligatoire contre un choix actuel de huit langues ? En Belgique, en Suisse ou au Canada, certains trouvent que nous allons trop loin.

Que chacun s’exprime dans sa langue là où c’est possible est un premier pas. Alain Borer impose de faire ses conférences en français, notamment aux États-Unis – "les gens adorent, ce qui montre que nous sommes en soumission imaginaire". Ce dernier en appelle à un gros effort à l’école : "Le nombre d’heures de cours de français a baissé de 630 heures en primaire depuis 1960." Il faut enfin financer massivement l’enseignement à l’étranger. Notre culture aussi.

Mais pas seulement, affirme le philosophe Yves Michaud : "La francophonie, ce n’est pas juste du rayonnement, c’est un instrument politique d’exportation d’une culture. L’Amérique l’a fait avec Hollywood. Nous, empêtrés dans le souvenir postcolonial, on rechigne, avec une politique illisible et éclatée." Michaud prône un regroupement des forces sous un secrétariat d’État rattaché à l’éducation. Un vrai bras armé. Et de mener un combat acharné à Bruxelles. Autant de mesures que l’on retrouve dans le programme de M. Macron. Attendons le remaniement ministériel pour voir si on en prend le chemin. En sachant une chose : une telle politique coûte cher…

guerrin@lemonde.fr


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