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Lettres de protestation

Der. nouv.

Editoriaux/cocarde.gifLettre ouverte au Président de la République - le 10/09/2020 - 16:39 par Guy_Dalens

Lettre au Président de la République

par Guy Dalens (adhérent d'Avenir de la langue française)
 

Meudon-la-Forêt, le 21 juillet 2020

Monsieur le Président de la République,

Il y a quelques mois, dans le cadre du Grand Débat je vous avais adressé une contribution sur la reconquête de la langue française à Bruxelles indépendamment du Brexit.

Je n’ai pas eu de réponse.

En Gascon que je suis, je reviens à la charge.

Alors qu’elle était l’un des premières langues de travail de la communauté, sinon le première, la langue française a été progressivement écartée au profit de l’anglais. En quinze ans (1975-1990), les Anglais ont éradiqué le français, l’italien, l’allemand les langues de travail des pays fondateurs de la communauté.

Notre élite a laissé faire. Elle s’est tue. Et se tait toujours. Il nous faut prendre la relève ou la contourner, ne plus se fier à son jugement et ses décisions puisque chaque jour qui passe elle nous trahit.

Alors que l’Angleterre s’en va, il faudrait encore, pour cette élite dévoyée et mondialisée, vassalisée par l’empire américain, que nous continuions à discourir en anglais dans la communauté, comme s’il n’y avait pas suffisamment d’autres langues en Europe pour échanger et pour vivre. Il suffit.

Ce qui se passe à Bruxelles est illégal et illégitime, vous le savez.

Vous le savez aussi,

Ce qui se passe à Bruxelles résulte d’un rapport de force qui nous est imposé par l’empire américain et son cheval de Troie, l’Angleterre.

Vous le savez aussi,

Cette situation est aggravée par notre démission permanente depuis de nombreuses années, notre impéritie honteuse, pour ne pas dire notre lâcheté sur le sujet de la langue française à Bruxelles.

Les Anglais sont partis ; ils doivent partir avec l’ensemble de leur bagage. Nous ne devons pas accepter qu’ils laissent derrière eux le cadeau empoisonné de leur langue qui, si elle reste, s’avérera délétère et mortelle, pour nous et les autres. Elle restera délétère et mortelle si nous continuons de fonctionner comme le veulent les fonctionnaires communautaires. Ce n’est pas à des fonctionnaires de la communauté de nous dire quelle langue nous devons parler en France. Ce n’est pas à des fonctionnaires communautaires de se faire les chantres, les défenseurs de la langue anglaise. Garder le silence plus longtemps revient à capituler, à accepter une colonisation douce, insidieuse et insupportable, à accepter de devenir un protectorat anglo-américain.

Quand on veut être souverain il faut l’être d’abord par sa langue.

Dans son syllogisme implacable Michel Serres, un autre Gascon, nous disait :

"Un pays qui perd sa langue perd sa culture ; un pays qui perd sa culture perd son identité ; un pays qui perd son identité n’existe plus. C’est la plus grande catastrophe qui puisse lui arriver".

Et pourtant ce serait simple de mettre un terme à cette anomalie qui nous pénalise culturellement et financièrement. Le rapport Grin a chiffré à des dizaines de milliards l’avantage pour le Royaume-Uni et ses entreprises le fait de la domination actuelle de l’anglais.

Vous détenez l’arme dissuasive.

La France est un des plus gros contributeurs au budget communautaire : 21 milliards en 2020. Potentiellement, il y a là un moyen de pression considérable et décisif. Un levier pour changer la donne, le rapport de force. Encore faut-il l’utiliser.

Nous pourrions soutenir que nous paierons plus notre contribution si la langue française n’est pas remise au niveau qui lui revient. Pourquoi ne pas s’inspirer du comportement de Mme Thatcher qui disait obstinément, pendant des années : "I want my money back". à propos du budget communautaire. Que ne déclarons-nous pas avec la même obstination "Je veux ma langue".

Nous ne risquons rien sinon quelques remontrances et sanctions juridiques formelles.

En face du peuple français il y a un tigre de papier ; Bruxelles n’a ni police ni armée pour nous contraindre.

Nous le savons des profondeurs de nos cœurs, le socle du système bruxellois repose sur la servitude volontaire pour reprendre l’expression d’Étienne de la Boétie, encore un Gascon. Il ne tient qu’à nous de nous affranchir.

Notre langue vaut bien ce combat.

Soyez comme Paul de Tarse sur son chemin de Damas, franchissez la ligne de démarcation qui sépare le monde mortifère où l’on veut nous enfermer de celui de la vie et de notre Langue.

Nous serons toujours avec vous dans ce combat.

Nous croyons à une autre Europe, celle qui respectera les nations et leur langue.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération.

Guy Dalens
membre d’Avenir de la Langue Française (ALF)
et du Haut Conseil de la Langue Française et de la Francophonie
.

Monsieur le Président de la République
Palais de l’Élysée
55, rue du Faubourg Saint Honoré
75008 Paris

Copie à :
Monsieur Jean Castex, Premier ministre.
Madame Roselyne Bachelot, ministre de la Culture
Monsieur Denis Larghero, maire de Meudon


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