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Nouvelles
nouvelles/globish.gifLe français, le jargon, le globish et la dégénérescence de l'anglais - par JeanLouis_Guibert le 04/02/2011 - 19:40

Une réflexion d’action, sur le sens de notre combat
Le français, le jargon, le globish
et la dégénérescence de l'anglais

deux points de vue de Jean-Louis Guibert, ancien haut fonctionnaire, membre d’ALF

Pour quoi nous battons-nous ?

Il est toujours utile d'aller voir ce qui se passe chez l'adversaire, ne serait-ce que pour voir s'il n'a pas quelque faiblesse qui pourrait être exploitée.

C'est bien le cas avec la langue anglaise, qui n'est pas si sûre d'elle-même actuellement.

Les Anglais s'alarment en effet... du trop grand succès de leur langue par le vaste monde, car ils ne la reconnaissent plus !

La langue anglaise, en devenant d'emploi courant, a en effet dégénéré en une sorte de sabir baptisé "Globish" par les héritiers de Shakespeare.

Ceux-ci veulent, par cette appellation, dénoncer ce que cet idiome bâtard, d'une part, diffère fondamentalement, de la langue illustrée, notamment, au XIXème siècle, par les grands romanciers anglais, langue fort pure et fort soignée, d'autre part, constitue, une honte (a disgrace) pour tous ceux qui ont étudié en anglais avec un souci de correction et un attachement très fort aux antiquités gréco-latines -toujours assidûment pratiquées dans les établissements d'enseignement supérieur.

Tant et si bien que les Anglais cultivés regrettent, pour la sauvegarde de leur langue, de ne pas disposer de l'équivalent de notre Académie française et songent même à en créer un.

Tout ne va donc pas si bien chez l'adversaire : en l'occurrence, on ne peut que lui apporter un témoignage de sympathie et des vœux pour conserver une langue châtiée et élégante.

A cet égard, nous devons balayer devant notre porte : si, en effet, dans la Francophonie, la langue
française garde en général ses caractéristiques de concision et de clarté, il n'en est pas de même à domicile où nous assistons à une lente dégénérescence et à l'instauration dans les relations courantes d'un jargon tout à fait comparable au Globish dénoncé par les Anglais.

Il y a à cela plusieurs causes, sur lesquelles les défenseurs de la langue française dissertent à l'envie ; deux seront particulièrement signalées car elles sont trop souvent négligées, notamment parce que ces mêmes défenseurs de la langue manifestent en ce domaine une complicité dont ils ne se rendent même pas compte : il s'agit de l'abus du téléphone et de la quasi-éradication, par l'abus du courriel, d'un art pourtant pratiqué depuis des millénaires, celui de la correspondance.

Il n'est en effet que d'entendre les conversations téléphoniques infligées par les voisins de rue ou de métro pour se rendre compte de l'indigence des propos tenus, sans parler du style utilisé : on dit n'importe quoi, n'importe comment, sans se soucier de précision, de correction et a fortiori, de rigueur dans l'expression.

Il en est de même pour le courriel que tout le monde pratique sans état d'âme, sans se préoccuper, non seulement de ce qui en restera pour les générations futures (ainsi privées de sources historiques précieuses) mais encore de la manière d'exposer l'objet de la transmission, sans parler du style (et des formules de politesse). Plus personne-ne se soucie de composer une lettre - ni même de répondre à celles qui lui sont adressées, d'ailleurs. On va au plus rapide, au plus facile, au plus relâché.

Une langue - on a déjà eu l'occasion de le rappeler - a une triple fonction (comme la monnaie, autre moyen de communication) : celle d'étalon pour qualifier - avec précision - les êtres vivants, les objets et les concepts, celle d'instrument d'échange, celle de réservoir de valeur (qui concerne non seulement les œuvres littéraires et les traditions orales ou écrites mais aussi le style et la manière de s'exprimer ou de correspondre).

La pratique actuelle aboutit à supprimer' les fonctions d'étalon et de réservoir de valeur pour ne conserver qu'un moyen de communication imprécis, incorrect, bref bâclé, aux antipodes des exigences des grammairiens et des écrivains qui, au cours des siècles, se sont donné le mal de faire du Français ce qu'il était il y a encore peu de temps.

Se battre pour le français tels que nous l'ont légué nos pères, oui ! Se battre pour le jargon, non !

Jean-Louis Guibert
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L'avenir de l'anglais

Cet avenir n'est pas aussi évident, tout au moins en tant que langue quasi-universelle s'imposant à tous les peuples de la Terre principalement par la pression des affaires et de la culture populaire.
Un livre récent fait part des doutes que l'on peut formuler sur cet avenir : il s'agit de celui de Nicolas Osier, dont un compte-rendu.est paru dans The Economist du 18/12/2010.

M. Oster estime que l'évolution de la technologie rendra l'usage de la langue inutile.

Cette prévision n'est pas dénuée de tout fondement, même si l'on ne se réfère pas aux techniques de traduction électronique d'ailleurs loin d'être au point et qui seront toujours, quoi qu'on fasse, imparfaites - mais leurs utilisateurs ne recherchent de toute manière ni l'élégance, ni la concision.

Elle néglige pourtant deux faits beaucoup plus décisifs : d'une part, la progression de l'espagnol, aux États-Unis même ; d'autre part, les efforts considérables (avec des moyens gigantesques) consentis par la Chine pour faire connaître sa langue et sa culture dans le cadre des Instituts Confucius dont le réseau s'étend chaque jour (320 actuellement, dont plus d'un cinquième aux États-Unis).

En termes économiques, comme en termes démographiques, l'anglais est donc menacé.
Il faut le savoir pour ajuster la défense de la langue française en conséquence.

Jean-Louis Guibert


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